Par Sandra Embollo
Le Cameroun tourne une page majeure de son histoire énergétique. Après huit années d’exploitation au large des côtes de Kribi, le navire-usine Hilli Episeyo, opéré par l’armateur norvégien Golar LNG, quitte définitivement les eaux camerounaises au cours de ce mois de juillet. Avec son départ, le pays perd sa seule infrastructure de liquéfaction du gaz naturel, indispensable à l’exportation du gaz naturel liquéfié (GNL).
Cette décision représente un véritable séisme pour le secteur des hydrocarbures. Le Hilli Episeyo assurait à lui seul l’extraction, la liquéfaction et le chargement du gaz camerounais sur des méthaniers destinés aux marchés internationaux. Son redéploiement vers l’Amérique latine, où Golar LNG estime pouvoir réaliser de meilleures opportunités commerciales, laisse le Cameroun sans solution de remplacement immédiate.
Pour plusieurs experts du secteur, cette situation était pourtant prévisible. Le consultant pétrolier Robert Mouthe Ambassa affirme avoir alerté les autorités depuis plusieurs années sur la nécessité d’anticiper ce départ. Selon lui, des notes avaient été transmises afin d’encourager la mise en place de mécanismes de compensation pour préserver les revenus issus de la liquéfaction du gaz. « Dans le milieu pétrolier, cela faisait déjà deux ans que nous savions que Golar allait partir », souligne-t-il.
Les conséquences économiques pourraient être considérables. Pour l’économiste Serge Alain Godong, le retrait du navire-usine constitue « une catastrophe pour les finances publiques » dans un contexte marqué par l’endettement de l’État et les difficultés de mobilisation des recettes fiscales.
Ces dernières années, les revenus issus du gaz représentaient près de la moitié des recettes de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), soit entre 250 et 300 milliards de francs CFA par an. Or, la loi de finances a été élaborée sur la base de la poursuite de cette activité. La disparition de ces ressources risque donc d’aggraver les tensions budgétaires non seulement en 2026, mais également sur les années à venir.
Au-delà de l’impact financier, certains observateurs s’inquiètent du silence entourant ce dossier. Louis-Marie Kakdeu, vice-président du Social Democratic Front (SDF), estime qu’il s’agit d’une question stratégique majeure qui ne bénéficie pourtant d’aucun véritable débat public.
Alors que le Parlement est en session depuis le début du mois de juin, le sujet n’a toujours pas été abordé de manière significative, ni par le gouvernement, ni par les députés. Une absence de débat qui alimente les interrogations sur la stratégie énergétique du Cameroun et sur sa capacité à compenser la perte d’une infrastructure aussi essentielle à son économie.
Le départ du Hilli Episeyo met ainsi en lumière les fragilités du modèle gazier camerounais et pose avec acuité la question de l’avenir de la valorisation des ressources naturelles du pays.
