Accueil » Cameroun | Inceste et violences basées sur le genre: l’Eglise Noria tabernacle de la Cbc s’engage dans la lutte aux côtés du gouvernement

Cameroun | Inceste et violences basées sur le genre: l’Eglise Noria tabernacle de la Cbc s’engage dans la lutte aux côtés du gouvernement

Face à la multiplication des cas d’inceste au Cameroun, l’Église Noria Tabernacle de la Cbc à Douala est sortie de sa réserve, à travers une conférence sur le sujet organisée samedi 12 avril 2026 par les Femmes engagées du ministère.

by world top news
0 comments

Par Zobel A. Mbon

Pasteurs, psychologues et juristes ont uni leurs voix pour briser le tabou. Objectif : faire de l’Église un partenaire actif du gouvernement dans la dénonciation, la prévention et l’accompagnement des victimes de violences basées sur le genre.

l’Église appelée à dénoncer, éduquer et accompagner les victimes

Interrogé sur la position de l’Église face à l’inceste, le Révérend Pasteur Raoul Kamga, psychologue de formation, a parlé d’« abomination » et de « crime contre les enfants ». Il constate que ces drames sont devenus un fait de société, évoqué presque quotidiennement. Selon lui, l’Église, qui rassemble toutes les catégories sociales, a le devoir de dénoncer publiquement ces abus pour les sortir du tabou et en souligner la gravité. Mais la dénonciation ne suffit pas. Le pasteur insiste sur l’éducation : de nombreuses victimes gardent le silence par crainte de briser la famille ou de compromettre sa stabilité financière si l’auteur est le père. Or, au-delà de l’acte, l’inceste engendre un stress post-traumatique lourd. Les victimes développent culpabilité, évitement, hypersensibilité, colère ou haine. Pour le Révérend Kamga, la reconstruction passe par la parole, l’écoute et un accompagnement psychologique des victimes et de leur entourage.

huis clos familial, complexe d’Œdipe mal accompagné et manque de limites

Pour l’assistante psycho-sociale Marie Laure Mbaning, trois facteurs favorisent l’inceste. D’abord, les familles « à huis clos », peu ouvertes sur l’extérieur, où l’autorité parentale s’exerce sans contre-pouvoir et écrase enfants et conjoint. Ensuite, la mauvaise gestion du complexe d’Œdipe : entre 3 et 6 ans, l’attachement de l’enfant au parent de sexe opposé est naturel, mais la période dite de « castration symbolique », vers 8-12 ans, exige que le couple s’affirme pour aider l’enfant à trouver sa place. Faute de limites claires, certains enfants investissent le lit conjugal pour capter l’affection, créant une confusion qui peut dégénérer. Dernier levier : l’absence de dialogue éducatif sur les rôles et les frontières intimes. Pour prévenir les abus, elle préconise d’ouvrir les familles, d’accompagner les parents aux étapes clés du développement et de poser des repères affectifs clairs.

la loi sanctionne lourdement mais le tabou familial bloque les plaintes

Pour Idé Bouguela, responsable des Femmes Engagées de la cbc, l’article 360 du Code pénal est clair : il qualifie d’inceste toute relation sexuelle entre un ascendant, un descendant ou des frères et sœurs, et prévoit des peines pouvant atteindre 20 ans de prison avec circonstances aggravantes. Le problème, selon elle, vient de l’alinéa 2 qui conditionne la plainte à un lien de sang avec la victime. Dans un environnement où les familles taisent ces affaires, les mineurs ne sont pas protégés. Pire, lorsqu’ils atteignent l’âge adulte, les délais de prescription sont souvent écoulés et l’action en justice devient impossible. Elle conclut que le dispositif légal est sévère sur le papier, mais inopérant face au poids du silence familial

Conférence sur l’inceste : « L’Église doit être militante et citoyenne aux côtés des pouvoirs publics »

Le Pasteur Victor Tchientcheu se félicite de la tenue de la conférence organisée par les Femmes Engagées de la cbc Noria Tabernacle. Malgré une communication parfois tardive, le public a répondu présent, preuve que le thème des violences basées sur le genre, et notamment de l’inceste, interpelle face à la multiplication des scandales dans le pays. Pour lui, l’Église ne peut rester indifférente ni se limiter à la prière. Rappelant que la ministre des Affaires sociales compte sur l’institution religieuse, il défend une « Église militante et citoyenne » qui dénonce, encadre les victimes et œuvre à la prévention aux côtés de l’État. Il salue la qualité des interventions du psychologue Raoul Kamga, de la responsable des femmes Mme Bouguela, de Mme Massou et de l’assistante psycho-sociale, qui ont présenté des techniques d’accompagnement et des solutions pour aider les victimes à retrouver la paix après le traumatisme.

You may also like

Leave a Comment