Par Ilyass Chirac Poumie
Le cas de Mme Adja Hawa, si elle est effectivement introuvable, fait écho à des situations trop fréquentes : disparitions, abus de pouvoir, répression, et sentiment d’impunité des autorités ou groupes armés.
Mais dans les faits, ce pouvoir est souvent usurpé par la force, la peur, le silence, ou encore le soutien tacite d’un système défaillant et corrompu.
“Dans un État de droit, nul n’a le droit d’ôter la vie, de faire disparaître quelqu’un, ou de bafouer la dignité humaine. Ce sont des violations graves des droits humains. Et quand ces actes sont perpétrés par ceux censés protéger la population, cela révèle une crise profonde de gouvernance et de justice.”
s’indigne un universitaire proche du pouvoir de Yaoundé.
Avis de recherche et interdiction de sortie du territoire
Le 23 juillet 2025, le Secrétariat d’État à la gendarmerie camerounaise a lancé un avis de recherche visant Hadja Haoua Aboubakar, alias Hadja Awa, accompagné d’une interdiction de sortie du territoire. Motif invoqué: elle est accusée d’avoir lancé de “multiples appels à l’insurrection”, une infraction grave selon l’article 116 du Code pénal camerounais, passible de 10 à 20 ans de prison. Raisons derrière l’action; Hadja Awa s’est récemment illustrée dans des enregistrements audio critiques envers plusieurs figures politiques, dont Issa Tchiroma Bakary (alors ministre) et Ferdinand Ngoh Ngoh (Secrétaire général de la Présidence), Paul Atanga Nji (Ministre de l’administration territoriale, dénonçant abus de pouvoir et tentative de manipulation du chef de l’État, Paul Biya très diminué par son âge.
Réactions
Le député Jean-Michel Nintcheu a dénoncé ces mesures en les qualifiant de “répression”, soulignant que dans une république, c’est la justice, pas la force, qui devrait être saisie en cas de différend. L’écrivaine Calixthe Beyala a exprimé sa consternation,
“affirmant qu’on ne peut arrêter quelqu’un simplement parce qu’il critique le système et qu’en démocratie, les tribunaux existent pour trancher les litiges.”
Aucun État de droit digne de ce nom ne confère à ses autorités le droit arbitraire d’enlever, de poursuivre ou de neutraliser des citoyens pour avoir exprimé une opinion critique.En droit international et constitutionnel, tout citoyen a le droit à la liberté d’expression (dans les limites de la loi), à la sécurité de sa personne, et à un procès équitable si on l’accuse d’un crime.Mais dans les faits, certains régimes usent d’instruments de coercition (avis de recherche, détentions, interdictions de déplacement…) pour brider les voix dissidentes. Ils exploitent la loi pour dissuader, intimider, ou neutraliser toute critique perçue comme une menace au statu quo.
Inquiétante dérive et arrestation
Aucune autorité ne peut revendiquer un droit légitime de vie ou de mort sur les personnes. Ce pouvoir doit être encadré — dans un État de droit — par les principes fondamentaux du droit, de la justice et du respect des droits humains. Ce qui se passe au Cameroun n’est pas unique, mais il met en lumière l’urgence du respect de ces principes.
Hadja Awa aurait été arrêtée après avoir sollicité l’aide d’un ministre qu’elle surnomme « Baba Soudou ». Croyant trouver protection, elle aurait été piégée par une filature des gendarmes. Dans une annonce relayée par Youbass Mamouda, l’activiste serait actuellement en détention, selon un informateur.
Des informations recueillies auprès des sources sécuritaires, Hadja Awa aurait été interpellée dans des circonstances particulièrement troubles.
Craignant pour sa sécurité, elle aurait pris contact avec un ministre originaire du Nord, qu’elle considère comme Baba Soudou.
“Il est d’ailleurs le seul que Hadja Awa n’a jamais insulté dans ses sorties publiques, raison pour laquelle elle lui aurait demandé de l’aide, le considérant avec respect et l’appelant “Baba Soudou” qui signifie “parrain” en fulfulde.”
affirme notre informateur, révolté.
Lors de cet appel, elle lui aurait expliqué qu’elle serait activement recherchée. Sensibilisé par la gravité de la situation, le ministre se serait déplacé personnellement pour la rencontrer et lui promettre son aide. Mais le ministre était suivi discrètement par les gendarmes qui ont profités de cette rencontre pour procéder à son arrestation.
Un internaute a affirmé sur les réseaux sociaux que Hadja Awa aurait été définitivement mise sous silence à coup de machettes au Sed (Secrétariat d’Etat à la défense) et enterré comme un rat.
