Par Armand Soussia
Le lamido de Garoua, Ibrahim El Rachidini, se retrouve dans la tourmente judiciaire après avoir été radié de l’armée par un décret signé le 31 juillet 2025 par le président Paul Biya. Ancien officier de la Sécurité militaire, il conserve aujourd’hui uniquement son statut de chef traditionnel mais doit désormais répondre devant la justice militaire d’accusations lourdes liées à l’assassinat de son neveu, Ali Youssouf, tué le 31 janvier 2022 dans sa résidence.
Le jeune homme avait été enterré dès le lendemain dans un cimetière de la ville, mais sur ordre du gouverneur, son corps fut exhumé pour autopsie après que des témoins eurent évoqué des actes de torture. Le rapport médico-légal a confirmé ces sévices, renforçant les soupçons pesant sur le lamido et sur plusieurs membres de son entourage. Face à la colère populaire, les forces de sécurité avaient dû extraire le dignitaire de sa résidence pour le mettre à l’abri avant de l’entendre à la gendarmerie de Garoua.
Inculpé par le tribunal militaire pour torture et homicide, Ibrahim El Rachidini est poursuivi aux côtés de six autres prévenus, dont deux militaires de son service personnel. Selon les premiers éléments de l’instruction, les complices arrêtés auraient déclaré avoir agi sur ses instructions directes. Ces révélations fragilisent encore davantage la position du lamido, déjà affaibli politiquement après son exclusion des rangs de l’armée.
L’affaire, sensible dans une région marquée par de fortes tensions sociales et politiques, est suivie de près par les autorités centrales. Elle illustre à la fois la volonté affichée du pouvoir de lutter contre l’impunité et les dérives possibles de certaines figures locales qui cumulent pouvoir militaire et autorité traditionnelle. Le tribunal militaire doit désormais trancher dans ce dossier où se mêlent enjeux de justice, crédibilité institutionnelle et stabilité régionale.
