Par Joseph OLINGA N.
Un coup de maître politique pour certains et un bluff d’envergure pour d’autres. Le projet de réforme constitutionnel introduit pour examen par le chef de l’État camerounais, Paul Biya, auprès des deux chambres parlementaires ne laisse pas indifférent dans la sphère sociopolitique camerounaise. En introduisant ce 02 avril, en grande pompe, le projet de modification de la constitution, le chef de l’État camerounais donne l’impression d’accéder aux attentes populaires.
Vice-président sans légitimité populaire
Le projet de loi en transit dans le congrès, constitué d’une frange des membres de l’Assemblée nationale et du Sénat, instaure ce.rte un poste de vice-président de la République, fonction de substitution admise en démocratie. Mais le chef de l’État camerounais manoeuvre pour lui enlever toute sa substance. Contrairement aux usages consacrés dans la démocratie universelle, Paul Biya s’octroie la prérogative de nommer son vice-président. Loin des usages qui veulent que le vice-président de la République est élu avec le président lors d’un suffrage universel. Dans la réalité, Paul Biya se réserve le droit de nommer et de défaire le vice-président de la République. De même que le texte de loi en voie d’adoption laisse planer le doute sur les prérogatives du prochain vice-président du Cameroun. Un personnel à la solde du président de la République qui se réserve le droit de le nommé au gré des gouvernements. Loin, des attentes des observateurs qui y voyaient un élu susceptible de substituer le président avec une légitimité acquise des suffrages populaires.
Article 66, un dispositif sans effet contraignant
Fidèle à ses usages, Paul Biya ramène au goût du jour le dispositif consacrant la prévention et la lutte contre la corruption dans la haute administration. L’article 66 de la constitution “nouveau” peine à donner des gages sur son applicabilité. Introduit dans la loi fondamentale, le texte instaurant la déclaration des biens des élus ainsi que des gestionnaires de la fortunes publiques est toujours resté inopérant du fait de l’absence des modalités d’application. Une réalité qui se vérifie dans le texte en validation au sein du congrès qui siège jusqu’au 05 avril prochain.
Judiciable, juge et partie
Le coup de bluff introduit par le chef de l’État camerounais, Paul Biya, apparaît avec plus de flagrance dans les aménagements supposés introduits dans l’article 56 nouveau de la Constitution. Tout en gardant ferme les manettes d’une justice dont il est l’absolu, Paul Biya énonce la possibilité d’être justiciable pour des faits qui pourraient lui être reproché dans l’exercice de ses fonctions. Une éventualité fort inimaginable. De même que le chef de l’État camerounais, à l’initiative de la révision constitutionnelle qui sera incontestablement validé par le congrès parlementaire dont les députés et les sénateurs sont acquis à ses désidératas indiquent que le président de la République ne peut faire l’objet de poursuites judiciaires pour des faits commis durant l’exercice de ses fonctions.
