Par Ilyass Chirac Poumie
Depuis la réélection et la prestation de serment de Paul Biya le 6 novembre dernier, les attentes autour de la formation du prochain gouvernement se font pressantes au sein de l’opinion publique. Dans un contexte marqué par plusieurs controverses — scandales de gouvernance, décès ou démissions de ministres, tensions post-électorales — nombreux sont ceux qui scrutent chaque mouvement au sommet de l’État dans l’espoir d’un réaménagement imminent.
Pourtant, comme le souligne le politologue Moussa Njoya dans une publication largement commentée sur les réseaux sociaux, le chef de l’État reste pour l’instant dans le calendrier habituel observé après les présidentielles. Depuis l’instauration du multipartisme et la première élection compétitive de 1992, les gouvernements post-électoraux sont traditionnellement publiés plusieurs semaines après la prestation de serment.
Les précédents confirment cette régularité :
– En 1992, le gouvernement Achidi Achu est formé le 27 novembre ;
– En 1997, celui de Mafany Musonge est publié le 7 décembre ;
– En 2004, le gouvernement Inoni est annoncé le 8 décembre ;
– En 2011, celui de Philémon Yang arrive le 9 décembre ;
– En 2019, après la présidentielle de 2018, le gouvernement dirigé par Joseph Dion Ngute est rendu public le 4 janvier.
Ainsi, même si la pression publique se fait plus forte cette année, le président de la République n’a pour l’instant dépassé aucun des délais historiques observés au cours des trois dernières décennies. Moussa Njoya ironise d’ailleurs sur l’impatience générale, prévenant ceux qui « passent le clair de leur temps au village » qu’ils pourraient bien « cuire avant l’arrivée du prochain gouvernement ».
La formation du gouvernement post-électoral au Cameroun suit généralement un rythme maîtrisé par le président Paul Biya, qui prend souvent plusieurs semaines entre sa prestation de serment et la nomination de l’équipe gouvernementale.
Le contexte politique actuel — marqué par une contestation persistante de la présidentielle, des débats sur la légitimité des institutions et une scène politique polarisée — amplifie les attentes et accentue la pression sur le calendrier institutionnel.
