Par Serge Aimé BIKOI
Le Secrétaire général du bureau exécutif du Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes) relève qu’en associant, indûment, l’institution universitaire à un plaidoyer pour l’actuel président de la République, Paul Biya, les initiateurs de cet appel bafouent trois principes cardinaux, à savoir la neutralité académique, la pluralité des opinions et l’intellectualité critique. Le Synes constate que l’article lié à l’appel des universitaires, de la société civile et des personnels d’appui des universités d’État évoque des “acquis pertinents et éloquents du régime” citant la réduction des droits universitaires à 50.000 Fcfa ou la professionnalisation de l’enseignement”. Pour le Pr Jeannette Wogaing Fotso, “si ces mesures méritent d’être saluées, elles ne sauraient occulter les défaillances structurelles du système universitaire de 1993.
Entre autres défaillances structurelles le sous-équipement des universités en termes de salles de cours, de laboratoires, de bibliothèques, de toilettes, d’oeuvres universitaires, où des étudiants s’entassent dans des amphithéâtres délabrés. Autres déficiences non des moindres répertoriées dans les universités d’État par le Synes:
“1. Le sous-financement de la recherche, qu’elle soit fondamentale ou appliquée
- Un capital humain moins valorisé
- Les difficultés structurelles d’appropriation efficace du système Licence-Master-Doctorat
- Le prolongement inexpliqué de la suspension des sélections en Thèse de Doctorat/Ph D depuis le 17 juillet 2023
- Des enseignants-chercheurs contraints de travailler dans des conditions déplorables sans budgets de recherche suscitant la fuite de cerveaux et l’exil.
- Une corruption endémique dans l’attribution des logements étudiants ou des bourses
- Le désengagement de l’État et la privatisation des écoles normales au bénéfice des auditeurs libres portent atteinte à la qualité de la formation des formateurs
- L’abandon de la formation des formateurs qui devrait être directement intégrés à la fonction publique à l’issue de leur cursus met en péril l’avenir du fer de lance de la nation camerounaise”
Le Synes décrie, dans la même veine, le silence complice du régime de Yaoundé sur les urgences nationales, telles que la crise anglophone, le chômage des jeunes, la déliquescence des services publics et la répression des libertés académiques. À cause de cet état de choses, le bureau exécutif du Synes milite pour une université au service de la science, de l’éducation et du développement humain. Le Synes appelle à un sursaut collectif pour réinventer une université ancrée dans les réalités sociales loin des calculs politiciens. Le syndicat récuse la vision d’une institution universitaire réduite à un outil de propagande et propose trois axes de refondation :
- Restaurer l’autonomie universitaire
- Promouvoir un enseignement universitaire critique
- Ouvrir le débat sur l’alternance
À la suite de l’énonciation de ces trois axes de refondation, le Synes conclut à la thèse selon laquelle “L’université pense, elle ne se prosterne pas”.
