Par Pierre Laverdure OMBANG
L’homme, encore inconnu du grand public il y a quelques semaines, est désormais au cœur d’un feuilleton politico-juridique dont les implications pourraient dépasser sa simple candidature. Car son rejet, contrairement à celui d’autres aspirants recalés pour des dossiers incomplets ou non validés par Elecam, semble avoir été orchestré en coulisses, dans une confusion procédurale rarement égalée.
Validé par Elecam, son dossier avait pourtant passé avec succès toutes les étapes de conformité exigées par le Code électoral. Il figurait même parmi les 13 candidats officiellement retenus par l’organe électoral. Mais c’est bien lui, et lui seul, que le Conseil constitutionnel a choisi de rejeter. Un précédent, selon de nombreux analystes, puisqu’aucune candidature validée par Elecam n’avait jusqu’ici été annulée à ce stade du processus. Le recours à l’origine de ce rejet a été introduit par une certaine dame Moulende, dont le nom n’aurait attiré aucune attention si elle n’était la sœur de Jean-Jacques Ekindi, ancien président du MP, désormais absorbé par le Rdpc. Mais au-delà de cette filiation, la requérante posait surtout un problème de qualité. Elle n’était ni membre du même parti qu’Hilaire Zipang, ni candidate elle-même. Elle n’a produit aucun élément matériel justifiant sa requête. Même le ministère de l’Administration territoriale et Elecam ont reconnu qu’elle ne disposait d’aucune qualité juridique pour contester ladite candidature, en se référant clairement à l’article 129 du Code électoral.
Pourquoi alors le Conseil a-t-il pris le risque de suivre cette requête jusqu’à son terme, au point d’y consacrer deux passages en délibéré, et de la faire passer en dernière position, alors qu’elle devait initialement être traitée en septième ? Pourquoi une telle insistance à sortir ce dossier du lot, si ce n’est pour en contrôler l’impact potentiel sur les autres recours ? Car un rejet trop précoce de la candidature Zipang aurait sans doute influencé la jurisprudence à appliquer aux dossiers suivants, à commencer par celui du PCRN, beaucoup plus exposé et politiquement sensible. En maintenant Zipang pour la fin, les sages ont pu ménager une stratégie de sortie sans contradiction apparente. Mais à quel prix ?
Le prix de la crédibilité, sans doute. Car l’épisode a renforcé l’idée, déjà bien ancrée dans l’opinion, que le Conseil constitutionnel est tout sauf un organe indépendant. Plus personne ne croit que ces audiences obéissent à une logique de droit. Elles sont devenues un théâtre, dont le scénario est dicté ailleurs. L’affaire Maurice Kamto, écarté sur la base d’arguties juridiques contestables, a achevé de convaincre même les plus modérés. Celle d’Hilaire Zipang, plus subtile mais tout aussi brutale, révèle une mécanique bien huilée, où même les candidatures marginales doivent être neutralisées si elles échappent au contrôle.
Nous ne sommes plus dans une démocratie classique, ni même dans une dictature autoritaire assumée. Nous évoluons désormais dans une forme hybride, une démocrature, où les apparences sont sauves mais où le droit est vidé de sa substance.
