Par Hajer Elina
La scène prête à sourire, voire à grincer des dents. Celui qui, en janvier 2023, dénonçait avec emphase l’indécence politique de se retrouver au palais présidentiel aux côtés de « prévaricateurs de la fortune publique » a lui aussi franchi les portes d’Etoudi pour présenter ses vœux au chef de l’État.
À l’époque, Cabral Libii expliquait son refus par des principes élevés, invoquant la morale publique, la cohérence politique et le respect dû aux Camerounais qui aspirent à un pays débarrassé de la corruption. Il estimait alors qu’associer son image à celle de « bandits à col blanc » relevait d’une inconséquence politique majeure.
Aujourd’hui, le même Cabral Libii, que certains disent désormais pressé d’entrer au gouvernement, a ravivé les souvenirs en allant saluer Paul Biya dans le même décor qu’il jugeait hier indécent. Une volte-face qui alimente sarcasmes et accusations d’opportunisme, au point que ses anciens mots se retournent contre lui comme un boomerang politique.
Pour ses critiques, la leçon est claire: en politique camerounaise, la dénonciation de la prévarication tient parfois moins longtemps que l’espoir d’un portefeuille ministériel.
Le 6 janvier 2023, Cabral Libii avait rendu publique une lettre dans laquelle il refusait de prendre part à la cérémonie des vœux au président de la République, dénonçant la présence de responsables soupçonnés de corruption. La participation récente du leader politique à la même cérémonie relance le débat sur la sincérité des discours de rupture et sur la capacité de la classe politique à rester fidèle à ses principes face aux attraits du pouvoir.
