Par Hajer Elina
Alors que des millions de Camerounais peinent à se nourrir, un haut responsable de la présidence a dépensé plus de 24 millions de Fcfa pour une seule nuit de luxe au Mandarin Oriental Hôtel de Genève. Un scandale qui fait exploser la colère populaire.
Le 22 septembre 2025, au Mandarin Oriental Hôtel de Genève, les tables croulaient sous les bouteilles de champagne, les plats raffinés et les couverts en argent. Dans cette bulle dorée, Mvondo Ayolo a dilapidé 24 316 260 francs Cfa – soit 34 607 francs suisses – pour une seule soirée.
Pendant ce temps, au Cameroun, des enfants dorment à même le sol, des mères préparent des repas sans huile ni sel, et des malades meurent faute de médicaments. L’image est insoutenable : là-bas, le faste des chandeliers et des buffets à volonté ; ici, des familles qui comptent les grains de riz.
« Quand l’arbre mange seul, le vent finit toujours par le déraciner »
Dans les marchés de Douala, la nouvelle fait l’effet d’une gifle.
« Avec cet argent, on aurait pu construire une école entière »,
fulmine une vendeuse de légumes, visiblement en colère contre un régime qui semble ignorer la souffrance quotidienne de son peuple.
Pour beaucoup, cette dépense astronomique est le symbole d’une élite qui mange seule, sans se soucier des racines en train de pourrir.Un étudiant de Yaoundé, amer, résume le sentiment général :
« Nos universités tombent en ruine, les bibliothèques sont vides, et eux se gavent de caviar ».
Ce contraste insupportable illustre un gouffre social où les dirigeants, perchés dans leurs palaces suisses, laissent les jeunes générations sans avenir ni perspectives.
« Pain pour le peuple, pas champagne pour Genève ! »
Les Ong locales dénoncent un mépris insoutenable.
« On ne peut pas demander au peuple de se sacrifier pendant que ses dirigeants banquettent à l’étranger »,
accuse un militant des droits sociaux. Selon lui, chaque franc dépensé à Genève est un franc arraché à la santé, à l’éducation et à l’avenir des Camerounais.
Dans les quartiers populaires, la colère prend forme de slogans rageurs scandés par les foules :
« Du riz dans nos marmites, pas du vin mousseux dans leurs verres ! ».
Les slogans deviennent des cris de détresse collective, révélant un peuple qui en a assez de serrer la ceinture pendant que ses dirigeants la déboutonnent dans le luxe européen.
« Quand le ventre pleure, l’oreille n’écoute plus »
Ce banquet d’opulence n’est pas une première. Paul Biya, son épouse Chantal et leur délégation entretiennent à chaque séjour suisse la réputation d’un régime déconnecté, aveugle à la misère de son peuple. Les suites présidentielles, les menus gastronomiques et les dépenses colossales contrastent cruellement avec les bidonvilles de Douala ou Garoua.
Pour beaucoup de Camerounais, ce fossé est devenu insupportable. « Quand le ventre pleure, l’oreille n’écoute plus », dit un autre proverbe : un peuple affamé n’entend plus les promesses creuses, il réclame des actes. Et chaque facture de Genève alimente un ressentiment dangereux, qui pourrait bien se transformer en révolte ouverte.
Des dépenses qui aurait pu changer des vies
Les 24 millions engloutis en une seule nuit représentent près de 2 000 bourses scolaires pour des élèves défavorisés, ou encore l’achat de plus de 400 lits d’hôpital. Cette somme suffirait à financer des cantines scolaires pour nourrir plus de 5 000 enfants pendant une année entière. Mais au lieu d’apporter espoir et dignité, elle s’est dissoute dans les bulles de champagne.Un économiste souligne que
« ce qui a été dépensé en quelques heures à Genève équivaut au budget de fonctionnement annuel de certains hôpitaux de district ».
En d’autres termes, une soirée de luxe à l’étranger vaut la santé, l’éducation et la survie de milliers de Camerounais. Le peuple, lui, n’oubliera pas.
Depuis plus de deux décennies, les séjours de Paul Biya en Suisse défrayent la chronique. De l’Intercontinental au Mandarin Oriental, le luxe ostentatoire de ces escapades choque l’opinion publique. Dans un Cameroun où plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les hôpitaux manquent du strict minimum, chaque facture faramineuse dévoilée agit comme une provocation et alimente un ressentiment grandissant contre le régime en place.
