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France > Suite affaire Sarkozy-Kadhafi | Les 12 Airbus d’Afriqiyah Airways : L’ombre du soupçon sur un contrat à plusieurs milliards

Derrière la vente en apparence banale de douze appareils Airbus à la compagnie libyenne Afriqiyah Airways, les juges découvrent une mécanique complexe de commissions occultes, d’intermédiaires politiques et de rétrocommissions dissimulées. Au cœur de ce chapitre, un mélange explosif entre diplomatie économique, corruption d’État et blanchiment transnational.

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Par Ilyass Chirac Poumie

Le second volet du dossier jugé par le tribunal correctionnel plonge dans les arcanes de la grande industrie aéronautique.
Entre 2007 et 2010, la compagnie publique libyenne Afriqiyah Airways signe avec Airbus un contrat portant sur douze avions de ligne, pour un montant total estimé à plus de 1,8 milliard d’euros.
À première vue, une transaction commerciale majeure soutenue par les canaux diplomatiques franco-libyens de l’époque.
Mais selon les magistrats, cette opération aurait servi de vecteur à un système de corruption et de blanchiment sophistiqué, impliquant un enchevêtrement d’intermédiaires, de sociétés-écrans et de comptes offshore.

Les investigations menées par le Parquet national financier (PNF) et les juges d’instruction révèlent qu’une part significative des commissions commerciales versées dans le cadre du contrat ne correspondait à aucune prestation réelle. Ces sommes auraient transité par des structures basées à Dubaï, Chypre et Hong Kong avant d’être réinjectées dans des circuits européens.

Plusieurs millions d’euros ont notamment abouti sur des comptes liés à Wahib Nacer et Khalid Ali Bugshan, déjà poursuivis dans le cadre du premier chapitre pour blanchiment de fraude fiscale.

Les enquêteurs décrivent une mécanique bien huilée :
des sociétés de conseil créées ad hoc pour “faciliter la transaction”, des factures fictives émises au profit de partenaires politiques et financiers, et un recyclage rapide des fonds par le biais d’investissements en Europe et au Moyen-Orient.
Des correspondances saisies dans les messageries internes de certains cadres d’Airbus laissent apparaître des mentions explicites de « commissions sensibles », terme employé dans le jargon interne pour désigner des paiements politiquement exposés.

Le rôle d’intermédiaires franco-libyens est central dans l’enquête.
Certains d’entre eux, proches du régime de Mouammar Kadhafi, auraient servi de relais pour transférer des fonds depuis les comptes d’Afriqiyah Airways vers des sociétés de portage contrôlées par des ressortissants saoudiens. Ces transferts, souvent effectués en plusieurs tranches de moins d’un million d’euros pour échapper aux seuils de déclaration, sont aujourd’hui au cœur de l’accusation de blanchiment en bande organisée.

Les juges estiment que l’opération globale aurait permis de recycler entre 25 et 35 millions d’euros de commissions illicites, une partie étant revenue à des acteurs économiques en France.
Certains documents bancaires mettent en cause des établissements européens qui auraient fermé les yeux sur la nature suspecte des flux pour préserver un client stratégique du secteur aéronautique.

Face à ces accusations, Airbus nie toute responsabilité directe.
Le groupe se défend en affirmant que les pratiques de l’époque relevaient d’« usages commerciaux » désormais proscrits, rappelant que depuis 2016, l’entreprise a signé un accord de conformité avec le PNF et s’est engagée dans un processus de transparence.
Mais les magistrats veulent aller plus loin : pour eux, les opérations menées par les sociétés associées à Nacer et Bugshan relèvent d’un mécanisme délibéré de blanchiment, permettant de réintroduire des fonds d’origine illicite sous couvert de contrats d’intermédiation.

Au fil des audiences, les débats s’intensifient.
Le parquet insiste sur la dimension systémique du dispositif : une articulation entre l’État, l’industrie et des réseaux financiers privés où l’argent circulait en toute opacité.
La défense, elle, tente de démontrer que ses clients n’étaient que de simples “facilitateurs commerciaux” pris dans une guerre économique d’intérêts géopolitiques.
Mais pour les juges, le cœur du problème reste le même : des commissions sans cause légitime utilisées pour masquer des détournements et alimenter des circuits parallèles de financement politique et personnel.

Afriqiyah Airways, compagnie publique libyenne, a été créée en 2001 par le régime de Mouammar Kadhafi pour symboliser la puissance économique de la Libye panafricaine. Le contrat des douze Airbus A320 et A330 signé à Paris s’inscrivait dans le cadre d’un rapprochement franco-libyen, à une époque où la diplomatie économique primait sur la prudence financière.

Airbus, bien qu’ayant coopéré avec la justice, reste sous le coup de plusieurs enquêtes internationales pour pratiques commerciales illicites (Royaume-Uni, États-Unis, France). Les commissions incriminées auraient été versées via des sociétés basées à Dubai Consulting Ltd, Mena Trade Services, et Oryx International, structures dont les véritables bénéficiaires seraient liés aux prévenus.

Ce chapitre du dossier s’inscrit dans une série d’affaires connexes où la frontière entre lobbying, corruption et blanchiment est souvent imperceptible. L’enjeu judiciaire majeur réside dans la qualification : si la vente des avions est reconnue comme le support d’un blanchiment d’argent d’origineguy corruptrice, les peines pourraient atteindre jusqu’à 15 ans de prison et des amendes à hauteur de 5 fois le montant blanchi.

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