Avec Sob Amyn Fouejeu
Alors que les cours internationaux des fèves de cacao subissent une chute vertigineuse (-32% depuis janvier 2025 selon l’Icco), le Cameroun mise sur une stratégie audacieuse :
l’industrialisation locale de sa production. Un virage qui transforme la crise en opportunité historique.
- Le paradoxe camerounais : Des records productifs dans la tourmente
Avec 380 000 tonnes produites en 2024 (chiffres Ins), le pays maintient son rang de 4ᵉ producteur africain. Pourtant, cette performance masque une vulnérabilité criante :78% des exportations sous forme brute (fèves)
Une dépendance à 92% au marché spot.
Des revenus agricoles en baisse de 18% sur 3 ans
“Exporter less fèves, c’est comme vendre le pétrole brut alors qu’on pourrait raffiner l’essence, analyse Dr. Ngoa, économiste.
- L’essor industriel : Des chiffres qui redessinent la filière
L’installation de 12 nouvelles unités de transformation depuis 2023 porte ses fruits :
Comme indicateur, de 2022 à 2025, selon des estimation crédible, la capacité de broyage est passée de 68 kt à 112 kt dont une croissance de +65%. La valeur ajoutée locale est passée de 154 M€ à 482 M€, une croissance de +213%. Les emplois ont également connus une croissance de +217% (Source : Oncc – Rapport sectoriel 2025).
Cette mutation permet au pays de capter 43% de la valeur finale contre 19% en 2020, selon les calculs de l’Itc Trade Map.
- Les leviers de la compétitivité
Trois innovations clés expliquent ce décollage industriel :
- Des clusters intégrés
Le complexe de Kékem (région de l’Ouest) combine séchage solaire, broyage et extraction de beurre, réduisant de 40% les coûts logistiques. - La montée en gamme
La certification biologique (12 000 producteurs formés en 2024) permet de valoriser 28% de premium sur les pâtes exportées. - Les partenariats stratégiques
L’accord Cargill-Sodecao permet d’exporter directement 15 000 t/an de liqueur de cacao vers l’UE, court-circuitant les intermédiaires.
- Défis persistants et solutions émergentes
Malgré ces avancées, l’équation industrielle reste incomplète :
Goulot énergétique : 35% du coût de transformation lié à l’électricité
Déficit technologique : Seulement 8% des unités maîtrisent la torréfaction fine
Accès au crédit : Taux d’intérêt moyen à 14% contre 6% en Côte d’Ivoire
La réponse efficiente doit combiner :
Des incitations fiscales (exonération TVA sur 5 ans pour les nouvelles usines)
Un fonds de garantie de 50 milliards Fcfa géré par la Beac
La création du Centre Africain d’Innovation Cacaoyère à Douala
- Perspectives 2030 : Vers une révolution chocolatière ?
L’ambition affichée dans le Plan Cacao 2030 stupéfie :
Transformer 60% de la production nationale
Exporter 25 000 t de chocolat fin
Créer 15 000 emplois industriels
Épilogue :
Alors que le marché mondial des fèves s’effondre, le Cameroun écrit silencieusement un nouveau chapitre de son histoire cacaoyère. En transformant sur place 35% de sa récolte (contre 5% en 2020), le pays démontre que la valeur ajoutée locale pourrait bien être le rempart ultime contre la volatilité des marchés. Reste à savoir si cette stratégie s’appliquera à d’autres filières.
