Par Sandra Embollo
Il s’agit d’une abeille vivante, équipée d’un minicontrôleur électronique qui lui permet d’être guidée à distance. L’appareil pèse seulement 74 milligrammes, plus léger qu’une charge de nectar que l’abeille transporte naturellement. Il est fixé sur son dos et envoie de minuscules impulsions électriques dans son cerveau pour tourner à gauche, à droite, avancer ou reculer. Dans les tests, neuf fois sur dix, l’abeille obéit.
C’est une performance scientifique : le dispositif de contrôle cérébral d’insecte est le plus léger jamais conçu, ce qui montre la puissance de la miniaturisation en Chine. Ensuite, les applications sont très concrètes : ces abeilles pourraient servir à localiser des survivants dans les décombres après un séisme, ou à surveiller discrètement des zones sensibles.
Utilisation pour l’espionnage ?
Cette technologie est à double usage. Ces insectes ont des capacités naturelles extraordinaires : ils volent sur plusieurs kilomètres sans se fatiguer, savent se faufiler dans des espaces très étroits et se camouflent facilement. Pour le secours, elle pourrait sauver des vies. Mais dans un contexte militaire ou policier, elle pourrait être utilisée pour l’espionnage, la reconnaissance en milieu urbain, ou même des opérations antiterroristes. C’est pourquoi la Chine mise autant sur ce type de bio-robotique : elle veut rattraper et dépasser les États-Unis et le Japon qui étaient jusque-là en tête dans ce domaine.
Une prouesse scientifique aux enjeux éthiques
L’équipe de l’Institut de technologie de Pékin a imprimé des circuits électroniques sur un film souple, aussi fin qu’une aile d’insecte. Trois minuscules aiguilles viennent stimuler le cerveau de l’abeille avec des impulsions. Elles créent une sorte d’illusion qui déclenche ses mouvements. Pour l’instant, l’abeille doit être reliée à une source d’énergie, car les batteries assez puissantes pour la faire voler sans fil sont encore trop lourdes. Mais ce n’est pas encore tout à fait opérationnel, il y reste des limites. Les abeilles ne peuvent pas encore bouger leurs pattes sur commande, et l’endurance est limitée. Les chercheurs travaillent à miniaturiser les batteries et à améliorer la précision des signaux.
Des questions éthiques se posent toutefois. D’abord sur l’expérimentation animale : même si ce sont des insectes, on parle de stimulation invasive du cerveau pour les contrôler. Ensuite, il y a le risque d’abus : une technologie conçue pour sauver des vies pourrait aussi servir à militariser la nature. De plus, l’impact écologique est à surveiller : si ces expériences se multiplient, elles pourraient perturber des populations d’insectes déjà fragilisées.
