Par Sandra Embollo
Le président américain a justifié ces décisions en évoquant le rôle du Mexique dans l’acheminement de drogue vers les États-Unis et un déséquilibre commercial avec l’UE. Début avril, le chef de l’État américain avait menacé l’UE d’infliger 20 % de droits de douane aux produits européens exportés aux États-Unis. Fin mai, frustré par le manque d’avancée dans les négociations avec le bloc européen, il a relevé ce taux à 50 %, avec effet annoncé au 1er juin, finalement repoussé au 1er août.
Donald Trump a prévenu qu’en cas de mesures de rétorsion côté UE et de l’imposition d’une éventuelle surtaxe sur les biens américains, ce pourcentage serait ajouté aux 30 % annoncés ce samedi pour les produits européens entrant aux États-Unis.
L’UE critique la décision du président américain
L’UE a réagi en critiquant cette décision tout en se disant toujours prête à continuer à travailler sur un accord. Selon des sources diplomatiques, les discussions menées jusqu’ici se faisaient sur la base de droits de douane américains de 10 %, avec plusieurs exceptions. La Commission a néanmoins fait savoir qu’aucune nouvelle réunion n’était, pour l’instant, prévue entre négociateurs américains et européens.
« Imposer des droits de douane de 30 % sur les exportations de l’UE perturberait les chaînes d’approvisionnement transatlantiques essentielles, au détriment des entreprises, des consommateurs et des patients des deux côtés de l’Atlantique ».
a dénoncé Ursula von der Leyen dans un communiqué.
Le président français Emmanuel Macron a exprimé la « très vive désapprobation » de la France et a appelé l’UE à « défendre résolument les intérêts européens ». Le président français invite notamment la Commission européenne à « accélérer la préparation de contre-mesures crédibles, par la mobilisation de l’ensemble des instruments à sa disposition », « si aucun accord n’était trouvé d’ici le 1er août ». Des propos abondés par le ministre délégué au Commerce extérieur :
« La position française est claire : un accord équitable ou une riposte proportionnée (biens, services, anti-coercition). Dès lundi à Bruxelles avec mes 26 homologues [européens], je serai au travail pour soutenir la Commission dans ses négociations avec les États-Unis jusqu’au 1er août ».
déclare-t-il.
Pour la ministre allemande de l’Économie, « il s’agit maintenant pour l’UE, dans le temps qui lui reste, de négocier de manière pragmatique une solution avec les États-Unis qui se concentre sur les principaux points de conflit », a dit Katherina Reiche, dans une déclaration transmise par courriel.
« Si vous êtes prêts à ouvrir aux États-Unis votre marché fermé, à éliminer vos droits de douane, vos mesures protectionnistes et les obstacles aux échanges, nous envisagerons, éventuellement, des ajustements » aux droits de douane promis samedi, a écrit le président américain à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Des contre-mesures protectionnistes qualifiées de « proportionnées ».
Il va falloir durcir le ton et envisager des mesures à la hauteur, pourquoi pas des droits de 25 % sur 21 milliards de produits américains déjà adoptés en avril, des droits de 25 % supplémentaires qui peuvent amplifier.
Des mots beaucoup plus pesés que ceux du président américain qui lui menace déjà d’augmenter à nouveau ces droits de douane s’il prenait envie à l’Union européenne de riposter sur le terrain tarifaire.
Difficile de ne pas voir une tactique de négociation dans ces menaces d’escalade vers une guerre commerciale avec son premier partenaire économique. Avec toujours un même but : parvenir à un deal et boucler un accord à l’avantage des États-Unis dans les 15 jours à venir.
Des droits de douane qui passent de 25 à 30 % pour le Mexique
Dans le cas du Mexique, il s’agit également d’un relèvement par rapport aux 25 % choisis jusqu’ici. Donald Trump n’a pas précisé si ces tarifs douaniers ne s’appliqueraient qu’aux produits n’entrant pas dans le cadre de l’accord Canada/États-Unis/Mexique (Aceum), comme ce devait être le cas pour les 25 %. Ces biens hors Aceum ne représentent qu’une minorité des échanges entre les deux pays.
Le Mexique a de son côté dénoncé un « traitement injuste ». « Nous avons mentionné à la table que c’était un traitement injuste et que nous n’étions pas d’accord », ont déclaré les secrétariats de l’Économie et des Relations extérieures dans un communiqué conjoint. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum s’est dite quant à elle confiante dans le fait de « parvenir à un accord » avec les États-Unis sur les tarifs douaniers. « Nous allons parvenir à un accord avec le gouvernement des États-Unis », a assuré Mme Sheinbaum. Des négociations devraient permettre d’obtenir de « meilleures conditions » au 1er août, date prévue pour l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers, a-t-elle ajouté.
