Par Ross Hill
D’après une enquête signée par Pranav Baskar et Hamed Aleaziz pour le The New York Times, neuf migrants ont été expulsés en toute discrétion le 14 janvier 2026 depuis Alexandria, en Louisiane, à bord d’un vol du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, puis transférés au Cameroun.
Le journal affirme que la quasi-totalité des personnes concernées bénéficiaient d’ordonnances judiciaires américaines leur accordant des protections contre un renvoi vers leurs pays d’origine, en raison de risques de persécutions ou de violences. Aucun des expulsés ne serait de nationalité camerounaise et aucun accord public n’aurait été annoncé entre Washington et Yaoundé pour l’accueil de ressortissants tiers, selon les documents consultés par le quotidien.
Contacté par le média américain, le ministère camerounais des Relations extérieures n’a pas souhaité commenter. De son côté, le Département d’État américain a indiqué ne pas s’exprimer sur ses communications diplomatiques avec d’autres gouvernements.
Selon les témoignages recueillis par le journal, les migrants auraient été transférés depuis différents centres de détention vers Alexandria sans information préalable sur leur destination. Plusieurs affirment n’avoir découvert qu’ils étaient envoyés au Cameroun qu’une fois menottés et enchaînés à bord de l’avion.
Toujours selon l’enquête, la plupart seraient actuellement retenus dans un complexe appartenant à l’État à Yaoundé. Ils auraient été informés par les autorités locales qu’ils ne pourraient quitter les lieux qu’en acceptant de retourner dans leurs pays d’origine.
L’avocat camerounais Joseph Awah Fru, cité par le quotidien, indique que deux des neuf personnes auraient accepté de rentrer dans leurs pays respectifs. Huit des neuf passagers disposaient, selon lui, de protections judiciaires contre l’expulsion. Leurs avocats affirment qu’aucun ne présente d’antécédents de crimes violents.
Le The New York Times souligne que ces expulsions vers le Cameroun seraient une première connue et s’inscriraient dans une stratégie plus large d’expulsions vers des pays tiers. Une enquête de la commission des relations étrangères du Sénat américain, mentionnée par le journal, estime que plus de 40 millions de dollars auraient été versés dans le cadre d’accords similaires avec différents États.
Des critiques, dont Scott Shuchart, ancien responsable de l’Immigration and Customs Enforcement sous l’administration Biden, estiment que ces pratiques constituent un contournement des décisions de justice américaines.
Ces révélations interviennent dans un contexte de durcissement de la politique migratoire sous la présidence de Donald Trump, marqué par une intensification des expulsions et le recours croissant à des accords avec des pays tiers pour faciliter les renvois. Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les risques encourus par les migrants protégés lorsqu’ils sont transférés vers des États ne garantissant pas l’application effective des décisions judiciaires américaines.
