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France | 2ème partie des révélations choc sur le procès Sarkozy-Kadhafi: Le théâtre des requêtes improbables, balayées par des juges de marbre

Comme promis, Panorama Papers continue la serie des révélations sur le procès du financement libyen, la défense a tenté tour à tour la prescription, les scellés téléphoniques, la visioconférence par WhatsApp et la déclassification de notes secrètes. Mais les juges sont restés inflexibles.

by Panorama papers
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Par Ilyass Chirac Poumie

Au tribunal correctionnel de Paris, la défense a déployé une batterie d’arguments et de requêtes parfois surréalistes : prescription des faits, scellés d’écoutes, visioconférence sur WhatsApp, déclassification des notes secrètes. Mais les magistrats, stoïques, ont systématiquement rejeté ces manœuvres, offrant à l’audience des accents de tragédie… et de comédie.

L’audience commence dans le sérieux feutré d’une salle comble. Les avocats, d’une même voix, brandissent l’argument de la prescription: quinze ans après les faits, les poursuites n’auraient plus lieu d’être. L’instant est solennel, presque grave. Mais la réponse des juges tombe, froide et nette : « La prescription ne protège pas les dissimulations organisées. Les faux contrats, les comptes cachés et les sociétés-écrans repoussent le délai. » Le ton est donné : pas de refuge derrière l’horloge quand on a soi-même trafiqué les aiguilles.

Puis, la pièce change de registre. Le tribunal devient scène.

Khalid Ali Bugshan entre en premier. L’homme d’affaires saoudien, droit dans son costume, réclame la copie des scellés liés aux écoutes téléphoniques. Puis, audacieux, il demande même les notes personnelles des juges. Dans la salle, quelques sourires étouffés. Les magistrats rétorquent sèchement: demande « trop générale », attentatoire aux droits de tiers, et, surtout, aucun texte ne prévoit de distribuer les carnets des juges comme des polycopiés universitaires. Bugshan tente un dernier coup: produire des pièces prouvant qu’il subit un « travel ban » en Arabie Saoudite. Mais la réponse est aussi implacable qu’indifférente : les éléments déjà au dossier suffisent. Première tentative avortée.

Bashir Saleh prend ensuite la parole par avocat interposé. Invisible, recherché par deux mandats d’arrêt, il plaide sa cause depuis l’ombre : trop dangereux de venir, trop coûteux aussi. Sa solution : être entendu en visioconférence via WhatsApp ou Signal. L’idée arrache presque un rire à l’assistance. Les juges restent de marbre: le Code de procédure pénale réserve la visioconférence aux détenus. Pas de procès international transformé en appel vidéo. Le rideau tombe sur un échec cuisant.

Enfin, Nicolas Sarkozy entre en scène. L’ancien président, visage fermé, joue la carte du secret d’État. Il exige la déclassification de nouvelles notes des services de renseignement, persuadé d’y trouver l’arme fatale pour discréditer le dossier. Mais là encore, le tribunal coupe court. Non, l’affaire ne repose pas sur la seule note Mediapart de 2012, comme il le martèle. Oui, plusieurs documents déclassifiés figurent déjà au dossier. La manœuvre est balayée comme une diversion de plus.

La salle, d’abord tendue, se détend par moments, tant certaines demandes frôlent l’absurde. Mais les juges, eux, ne sourient pas. Ils rejettent, l’un après l’autre, tous les arguments. Dans ce procès hors norme, chaque audience ressemble à un acte supplémentaire d’une pièce où les prévenus jouent leur survie, et où la justice, implacable, distribue les « non » comme des coups de massue.

Ouvert en janvier 2025, le procès du « financement libyen » de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 reste l’un des plus explosifs de la Ve République. L’ancien chef de l’État et plusieurs proches sont accusés de corruption, blanchiment, recel et association de malfaiteurs, sur fond de millions venus, selon l’accusation, de la Libye de Mouammar Kadhafi.

Khalid Ali Bugshan, homme d’affaires saoudien, est soupçonné d’avoir maquillé l’origine occulte des fonds via des sociétés et des circuits financiers opaques. Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur, est renvoyé pour avoir encaissé 500 000 euros aux sources troubles. Bashir Saleh, ex-bras droit de Kadhafi, est accusé d’avoir servi de pivot entre Tripoli et Paris. Nicolas Sarkozy, enfin, nie tout en bloc, dénonçant un acharnement politique.

Derrière les joutes procédurales, ce procès met à nu l’ombre des relations franco-libyennes et la fragilité de la démocratie française face aux soupçons de financement étranger. Une affaire où le sérieux du droit se frotte sans cesse au grotesque des stratégies de défense, offrant aux spectateurs l’étrange sentiment d’assister à la fois à un drame d’État et à une comédie judiciaire.

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