Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Le déclenchement de la guerre américano- israélienne contre l’Iran, décidé de manière unilatérale par les deux pays sans passer par le Conseil de sécurité des Nations Unies, est une pilule très amère et visiblement périmée que la France avale avec beaucoup de peine et de colère. Le patron du Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot a dit tout le regret de son pays face à cette violation du droit international ou du moins des usages , des convenances au sein des Nations Unies. Pour autant, la France ne se désolidarise pas des frappes sur l’Iran. Bien au contraire, les trois piliers de la puissance européenne que sont Paris, Londres et Berlin, ont fait une déclaration commune le 2 mars pour dire leur intention d’entrer en guerre pour empêcher à l’Iran de posséder l’arme sale et de nuire à la souveraineté des États dans le proche et moyen Orient. Devant les stratèges français, Emmanuel Macron, particulièrement offensif et déterminé, a rappelé des principes forts et factuels qui gouvernent les relations internationales de nos jours. Voici trois points essentiels.
“Pour être libre, il faut être craint”
Au goût du numéro un français, son pays ne serait pas craint ou suffisamment respecté par les grandes puissances du monde. Elle qui est est la 4ème puissance nucléaire du monde, Paris voit d’un très mauvais œil l’attitude ambiguë des Américains en Ukraine et le déclenchement de la guerre en Iran. Macron se veut clair. Désormais, la France ne va plus communiquer sur son armement.. Elle va travailler en discrétion avec les partenaires européens sans toutefois céder sa souveraineté stratégique à quiconque. Le président français aura toujours le privilège de juger en dernier ressort de l’opportunité d’appuyer sur le bouton rouge ou pas. Par contre, Paris va veiller à mettre des États européens sous son parapluie stratégique.
A l’heure où l’Amérique est en train de construire son dôme d’or, au moment où Israël est sous le dôme de fer, où se trouve l’Europe? Jusqu’à date, le Vieux Continent croyait sa sécurité sous le parapluie de l’Otan mais avec la politique de America first, initiée par Donald Trump, l’Europe dans son ensemble est aussi vulnérable que l’Afrique face aux grandes puissances militairesl. Emmanuel Macron a donc compris que son pays et l’Europe ne sont pas du tout libres car tous les pays européens sont sous le diktat du pays de l’Oncle Sam. L’Europe tremble de tous ses muscles à la seule idée que Poutine, après l’Ukraine, décide de lorgner encore un peu plus en profondeur sur le territoire européen. En un mot, les grandes puissances du monde ne craignent pas l’Europe, mais les États-Unis qui sont maîtres de son déploiement efficace. Dans un tel contexte, que dira-t-on de l’Afrique ? Pour une esquisse de réponse, dès le premier mandat de Donald Trump, il y a eu une vive altercation entre les États-Unis et la Corée du Nord, Kim Jong-un a tout de suite fait savoir au locataire de la Maison blanche qu’il n’hésitera pas une seule seconde à appuyer sur le bouton rouge qui est sur sa table. Ce à quoi Donald Trump a répliqué qu’il en a un plus gros sur le sien.
La déduction est simple : équilibre de la terreur et respect mutuel. C’est cela le sens de la liberté dans les relations internationales. Quel pays africain est aujourd’hui craint et respecté ? Le Nigeria a été récemment humilié par les États-Unis avec des frappes sur son territoire. Pour sauver la face, Abuja a parlé d’action concertée. Le pays africain avait-il d’autres choix? En Afrique du Sud, avec les frappes sur l’Iran, Cyril Ramaphosa a condamné la violation du droit international, rien de plus. Pour être libre, il faut être craint. Cela se vérifie au moment où l’Iran est sous les bombes. Donald Trump lui-même a avoué sa surprise et son étonnement avec laquelle ce pays a attaqué les autres pays du Golfe alors même que le haut commandement était décapité. L’Iran sous les bombes est plus libre que que d’autres pays en apparente paix mais qui sont obligés de plier l’échine devant le premier venu. La face du monde est en train de changer et désormais le pays qui veut vivre en paix, en liberté doit se préparer à faire la guerre à quiconque voudrait s’attaquer à ses intérêts. Emmanuel Macron dit de ce fait que quelque soit la puissance qui s’attaque à son pays, elle saura qu’elle devra subir de lourds dommages irréversibles. C’est la posture de la liberté, c’est l’engagement à vivre en paix dans un monde où la seule loi qui est respectée par tous est celle de la force.
“Pour être craint, il faut être puissant”
La puissance d’un pays est la capacité de ses forces armées à projeter leur force et protéger leur souveraineté. La puissance n’est pas seulement une menace mais une capacité réelle de mettre à exécution la menace. Quand le leader Coréen a menacé les États-Unis d’appuyer sur le bouton nucléaire, Washington savait que ce n’était pas une vue de l’esprit car régulièrement Pyongyang procède à des essais à la vue et au su de tout le monde. Bien plus, lors de la fête nationale, la Corée exhibe fièrement son arsenal particulièrement létal. La puissance est le fait d’avoir des gros muscles et d’être en capacité de les utiliser pour terrasser quiconque se présente avec adversité ou inimitié. Lors des défilés dans les pays africains, à qui s’adresse l’exhibition de la capacité de frappe ? Bien sûr que c’est pour l’essentiel vers des composantes endogènes qui seraient pris par le fou désir de s’attaquer à l’ordre établi. Le pays le plus craint dans le monde sont les États-Unis d’Amérique. C’est le pays le plus interventionniste à l’échelle planétaire. C’est le pays qui a des bases militaires répandues sur toute la planète.
Les Américains ont kidnappé le président vénézuélien Maduro au palais présidentiel à Caracas et l’ont déporté sans qu’il y ait une quelconque opposition à travers le monde. Les États -Unis ont frappé l’Iran en coaction avec Israël. Une seule puissance a-t-elle levé le doigt pour s’y opposer? Sa puissance est incontestée. Par contre lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine, des voix se sont levées en Occident et on sait aujourd’hui que la guerre en Ukraine est devenue une mini guerre mondiale déguisée. En Europe, on mise sur la perte de la Russie alors que ses alliés tels que la Corée du nord, l’Iran ou la Chine ne sont pas loin. Ce schéma simple dit que l’Afrique est une terre qui n’a aucune vision stratégique pour se faire respecter et être enfin libre. La liberté n’est pas déclaratoire. Elle est active et dynamique. Elle n’est point passive et se construit en permanence. L’Etat d’Israël est un État puissant et libre. Il a montré depuis le début de cette année toute sa capacité à réduire à néant toute force qui s’attaquerait à son droit d’existence. Sa puissante main est visible avec les frappes préventives contre l’Iran. Il a décapité le Hamas et le Hezbollah libanais. Le droit à la liberté d’Israël est une bataille au quotidien. S’il frappe l’Iran avec tant d’efficacité c’est précisément parce qu’il est son ennemi le plus réel et affiché dans le monde arabe. Le premier jour de la guerre, le 28 février dernier,l’ayatollah Ali Khamenei a été tué avec. 40 membres de ses collaborateurs. C’est dire dire par là combien le Mossad, le service de renseignements de l’Etat Hébreux, a infiltré le régime des Mollahs. Plus de 250 frappes sur Téhéran ce 4ème jour, annonce Tsahal, l’armée israélienne..
“Le champ de règles, est un champ de ruines”
C’est une déclaration lourde de conséquences faite par le patron de l’Elysée. Il dit en d’autres termes que c’est en suivant les règles édictées par les Nations Unies que des Nations légalistes se vulnérabilisent pendant que celles qui piétinent les règlent sont puissantes et se font respecter. Telle est de toute évidence l’idée derrière la déclaration de Macron. Il y a eu l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Quelles actions ont été menées par le Conseil de sécurité des Nations Unies censées veiller à la protection du droit international? Rien! Ensuite, Donald Trump a enlevé un président de la République de son palais et l’a déporté aux États-Unis. Silence de la communauté internationale. Il y a eu également l’offensive israélienne que certains ont qualifié de disproportionnée dans la Bande de Gaza contre le Hamas. Encore, l’Onu s’est illustrée avec un silence embarrassé en termes d’une réponse approprié selon le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies. Le bouquet final est sans doute les frappes américaines et israéliennes en Iran. Paris est convaincu que le même silence aura droit de cité dans les bureaux de verre de l’Onu à New-York. On comprend donc pourquoi le numéro un français souligne un champ de règles comme un champ de ruines. Si donc la règle n’est plus une limite, la France serait-elle obligée de s’engager dans le monde étant guidée par ses seuls intérêts ? Il y a que la France est en perte de vitesse en Afrique au profit de la Russie. Elle a été priée de quitter tour à tour le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays ont dû rester créer l’Association des États du Sahel (Aes) en se retirant de la Cedeao. Un camouflet pour la France qui a aussi perdu pied en Rca. Si la France s’engage dans cette nouvelle dynamique où le respect du droit international est mis entre parenthèses, va-t-on vers un retour en force de la France dans son ancien pré carré? C’est une question préoccupante car à l’heure où les puissances font usage de la force pour s’imposer au détriment du droit international, Paris pourra-t-il résister à cette dynamique? Le monde international est en train de s’effondrer. Un ordre nouveau est en train de naître et personne ne sait exactement comment il sera.
L’ordre de 1945 semble avoir atteint son apogée. Dans son discours de l’île Longue, le président Macron a d’ailleurs affirmé que si son pays était attaqué, la France bien sûr compterait sur certains pays africains pour mener la guerre. Cependant, en Afrique, les dirigeants sont-ils conscients que la face du monde est en train de changer? La politique de non-alignement derrière laquelle se réfugient les États africains, est désormais désuète. On est libre parce qu’on est craint. Et on est craint parce qu’on est puissant. C’est donc désormais l’alliance avec les puissances dans la recherche effrénée de la liberté ou de la paix, de plus en plus évanescente, dans un monde en plein chamboulement.
