Par Fatoumata Oumou Diallo
Dimanche 23 novembre 2025, les électeurs de Guinée-Bissau se sont rendus aux urnes pour choisir leur président de la République et l’ensemble des membres de l’Assemblée nationale populaire. Au total, 12 candidats étaient en lice, mais la majeure attention s’est portée sur le président sortant, Umaro Sissoco Embalo, et le challenger Fernando Dias da Costa.
Le scrutin s’est déroulé dans un contexte particulièrement tendu : le principal parti d’opposition, le PAIGC, avec son chef charismatique Domingos Simões Pereira, a été disqualifié de la course sur la base d’un prétendu défaut de dépôt de dossier dans les délais. De nombreux observateurs estiment que cette exclusion fragilise la légitimité du vote et menace la crédibilité du processus.
Le taux de participation, jugé élevé, a dépassé 65 % des électeurs inscrits.
Dès le lendemain, lundi 24 novembre, Embalo et Dias ont chacun proclamé avoir remporté plus de 50 % des suffrages, ce qui, selon eux, rendrait inutile un second tour. Ces revendications concurrentes, rendues avant tout décompte officiel, provoquent des inquiétudes pour la stabilité du pays, déjà fragilisé par ses antécédents de coups d’État.
La Commission nationale électorale (CNE) a demandé la retenue des acteurs politiques et des médias et indiqué qu’elle pourrait publier les résultats provisoires d’ici jeudi 27 novembre.
La Guinée-Bissau est l’un des pays les plus instables d’Afrique de l’Ouest, avec un historique de coups d’État et de transitions interrompues. En décembre 2023, le président Embalo avait dissous l’Assemblée nationale, dominée par l’opposition, et n’avait pas permis sa reconstitution — un geste dénoncé comme un coup de force politique.
L’exclusion du PAIGC — historiquement le parti leader de l’indépendance et longtemps référence en politique bissau-guinéenne — de ces élections constitue un tournant notable et suscite des accusations d’« autoritarisme électoral ». Si Embalo parvenait à être réélu, il deviendrait le premier président bissau-guinéen à remporter un second mandat consécutif depuis l’instauration du multipartisme dans les années 1990. Mais l’absence d’un consensus sur les résultats et l’exclusion de l’opposition nourrissent les craintes d’un nouveau cycle d’instabilité.
