Par Reagan Lebisabo
Kinshasa — Le débat autour d’un éventuel troisième mandat présidentiel s’installe progressivement au cœur de la vie politique congolaise. Plusieurs responsables de l’Union sacrée et de l’UDPS multiplient les déclarations en faveur d’une révision de la Constitution de 2006, jugée par certains « inadaptée aux réalités actuelles du pays ».
L’ancien président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso, a récemment affirmé que la Constitution « n’est pas une Bible » et qu’elle pouvait être modifiée avant l’échéance de 2028. Dans les cercles proches du pouvoir, certains cadres soutiennent l’idée d’une réforme institutionnelle destinée à renforcer l’efficacité de l’État face aux défis sécuritaires et économiques.
Mais ces prises de position alimentent immédiatement les soupçons d’une stratégie visant à permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, alors que la Constitution limite actuellement le chef de l’État à deux mandats de cinq ans renouvelables une seule fois.
L’opposition congolaise dénonce une dérive dangereuse. Moïse Katumbi, Delly Sesanga et plusieurs mouvements citoyens accusent le pouvoir de vouloir préparer un passage en force institutionnel susceptible de replonger le pays dans une nouvelle crise politique. Des appels à la mobilisation commencent déjà à émerger dans plusieurs villes du pays.
Des organisations de la société civile ainsi que certaines confessions religieuses estiment que les priorités nationales devraient plutôt porter sur la guerre persistante dans l’Est, la dégradation des conditions sociales et la préparation des prochaines élections. Elles mettent en garde contre toute initiative susceptible d’aggraver les tensions dans un climat déjà fragile.
Face à la polémique, certains responsables de la majorité présidentielle tentent toutefois de minimiser les inquiétudes. André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, affirme qu’aucune procédure officielle de révision constitutionnelle n’a encore été engagée et évoque simplement une phase de consultations politiques.
La Constitution de la République démocratique du Congo, adoptée en 2006 après les guerres civiles, limite le président de la République à deux mandats. Cette disposition avait déjà provoqué une grave crise politique sous Joseph Kabila, accusé à l’époque de vouloir prolonger son maintien au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles. Les tensions avaient débouché sur des manifestations réprimées et une forte instabilité politique avant l’élection de Félix Tshisekedi en 2018.
