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Sénégal > Diplomatie: Pour obtenir un visa pour les États-Unis, les étudiants africains doivent donner un accès complet à leurs réseaux sociaux

Au Sénégal comme au Mali, les étudiants africains se préparant à poursuivre leurs études aux États-Unis ont désormais un nouvel obstacle à franchir pour espérer obtenir leur visa : avoir une image numérique impeccable. Ils vont devoir livrer les identifiants de leurs réseaux sociaux et espérer que les contenus s'y trouvant ne soient pas considérés comme "représentant un danger pour la sécurité des États-Unis."

by world top news
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Par Arlette Akoumou Nga

Obtenir un visa pour les États-Unis n’a jamais été simple, mais désormais cela va être encore plus difficile ! Les étudiants sénégalais et maliens n’en reviennent pas. Ces derniers jours, alors qu’ils préparent leur dossier pour partir étudier dans une université américaine, ils ont pu apercevoir sur le site de l’ambassade américaine un nouveau prérequis. Si vous voulez décrocher le précieux sésame, il faudra permettre aux personnels de l’ambassade américaine d’accéder à tous les profils et pseudos des comptes que vous avez eus sur les réseaux sociaux pendant les cinq dernières années ! 

La mesure concerne toutes les personnes faisant la demande d’un visa dans les catégories F, M et J, qui s’applique aux formations universitaires mais aussi aux échanges culturels. 

Elle a été annoncée le 25 juin dernier par Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, à la tête de la diplomatie américaine. En fait, tous les étudiants étrangers devront livrer leurs codes d’accès à leur profil de réseaux sociaux pour permettre aux personnels des ambassades américaines de consulter leur activité en ligne avant de recevoir des visas d’études et d’échange. Ceux qui refuseront de le faire risquent d’être soupçonnés de vouloir cacher leurs activités aux autorités américaines.

Mais depuis le déclenchement de l’offensive israélienne à Gaza, à la suite de l’attentat du Hamas le 7 octobre, ce sont les propos antisémites qui sont visés. En avril 2025, le Département américain de l’Immigration avait été très clair annonçant rechercher sur les réseaux sociaux des demandeurs de visas tout signe d’une activité antisémite et qu’il serait aidé en cela par le Département de la Sécurité intérieure. 

Manifestations pro-Gaza

En clair, même l’image d’une manifestation sera considérée comme une activité mettant en péril la sécurité des États-Unis. “Quiconque pense pouvoir venir en Amérique et se cacher derrière le premier amendement pour prôner la violence antisémite et le terrorisme – détrompez-vous. Vous n’êtes pas le bienvenu ici” a déclaré Tricia McLaughlin, porte-parole du Département de Sécurité intérieure.

Dans le cadre de cette nouvelle directive, les étudiants ayant protesté à Dakar contre la venue de l’ambassadeur d’Israël au Sénégal sur le campus de l’université Cheick Anta Diop le 27 mai dernier, risquent de se voir barrer la route pour les États-Unis. Selon la circulaire du Département d’État, les personnels d’ambassade doivent rechercher “toute indication d’hostilité envers les citoyens, la culture, le gouvernement, les institutions ou les principes fondateurs des États-Unis”. Une attention plus soutenue doit être portée sur “toute incitation à aider ou soutenir des terroristes étrangers et des menaces à la sécurité américaine” et “le soutien au harcèlement et aux violences à caractères antisémites”. 

La mesure concernerait plus d’1,1 million d’étudiants étrangers selon l’organisation américaine Opendoors, qui regroupe des données sur les étudiants venant aux États-Unis ou les Américains qui vont étudier à l’étranger. Le plus fort contingent d’étudiants étrangers vient d’Inde, 29,4 % pour l’année académique 2023-2024, suivi par la Chine avec 24,6%. En Afrique, ce sont surtout des Nigerians (1,8%) et des Ghanéens, anglophones, qui choisissent les États-Unis.

Virginité numérique

Or il est très difficile de “nettoyer” son ordinateur personnel ou son téléphone. Le Département de la Sécurité interieure américain est parfaitement en mesure de retrouver des images “compromettantes”. C’est la mésaventure qui est arrivée à un Australien, Alastair Kitchen, qui a vécu six ans à New York et obtenu un master à l’Université de Columbia en 2024. Il avait relaté sur son blog, publié sur la plateforme Substack, les manifestations pro-Gaza sur le campus, avant de rentrer chez lui à Melbourne, en 2024. 

En juin dernier, arrivant à l’aéroport de Los Angeles, il a été arrêté par la douane. En fait, malgré qu’il ait effacé ses notes de blog, l’officier qui l’a interrogé lui a tout de suite parlé de ses écrits sur les manifestations à Columbia. Son témoignage pour le magazine américain “The New Yorker” est édifiant. L’Ong Electronic Frontier Foundation qui milite pour une liberté numérique alerte depuis de nombreuses années sur les risques que les programmes américains de surveillance des réseaux sociaux font courir aux minorités religieuses ou aux activistes.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à intégrer la surveillance électronique pour sécuriser l’entrée sur leur territoire, comme l’expliquait le média The Conversation : la Chine a mis en place un système comptabilisant les bons “points sociaux”. Le Royaume-Uni envisage aussi des outils utilisant l’Intelligence artificielle pour faciliter les contrôles aux frontières.

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