Par Julie Peh
Si ce vote paraît massif — 171 députés pour, un seul contre —, il révèle surtout l’homogénéité de l’hémicycle face à un pouvoir qui tient ferme ses leviers. Au-delà de l’allongement du mandat présidentiel, la réforme introduit ou modifie plusieurs éléments institutionnels : création d’un vice‑Premier ministre, allongement du mandat des députés à six ans, financement public des campagnes électorales, et renforcement de la responsabilité pénale des membres du gouvernement pour les crimes économiques.
Officiellement, le régime défend ces changements comme une modernisation institutionnelle nécessaire, justifiée par « l’efficacité » et la « souplesse de l’État », selon Mme Neloum Mbaigoto, présidente de la commission spéciale. Mais dans l’opinion, c’est un autre message qui domine : celui d’une consolidation du pouvoir, d’une ouverture vers une longévité politique qui rappelle les dérives autoritaires d’antan — en particulier le long règne de son père, Idriss Déby.
Ce rallongement du mandat s’inscrit dans une tendance, observée dans plusieurs pays africains, où la Constitution — théoriquement gardienne de la légitimité démocratique — est remodelée pour prolonger l’emprise du pouvoir en place. L’équilibre, ici, semble pencher vers la permanence plutôt que la temporalité du mandat démocratique.
Mahamat Idriss Déby Itno dispose désormais, dans la loi, d’un mandat élargi, renouvelable — une lettre ouverte vers un avenir dans lequel l’alternance pourrait devenir un concept lointain. Et c’est bien ce défi posé à la démocratie qui devrait retenir notre attention, aujourd’hui plus que jamais.
