Par Ilyass Chirac Poumie
Le choix du lamido de Rey-Bouba pourrait être présenté comme un retour symbolique du pouvoir dans le Nord-Cameroun, région d’origine d’Ahmadou Ahidjo. En novembre 1982, le premier président camerounais avait démissionné et transmis le pouvoir à son successeur constitutionnel, Paul Biya. Quarante-quatre ans plus tard, ce dernier envisage ainsi de remettre les clés de l’État à une personnalité issue de cette partie du pays qui lui avait ouvert les portes du palais d’Etoudi.
Cette lecture historique renforce le profil d’Aboubakary Abdoulaye comme candidat de compromis. Figure influente du septentrion, fidèle du régime et gardien d’une importante autorité traditionnelle, il pourrait rassurer les élites du Nord tout en préservant les équilibres régionaux sur lesquels repose le pouvoir depuis plusieurs décennies. Son accession à la présidence du Sénat, en mars 2026, avait déjà renforcé sa place dans l’ordre institutionnel.
Franck Biya reste néanmoins le deuxième nom sur la liste. Depuis plusieurs années, des mouvements proches du Rdpc militent en faveur de son entrée en politique. Sa nomination relancerait toutefois les accusations de succession dynastique et pourrait provoquer davantage de résistances.
Ferdinand Ngoh Ngoh arrive en troisième position. Ministre d’État et secrétaire général de la présidence, il demeure l’un des principaux centres de pouvoir du régime. Sa proximité avec Paul Biya et son influence sur l’appareil administratif font de lui un candidat incontournable, mais aussi une personnalité clivante au sein du sérail.
Réintroduit dans la Constitution par la réforme promulguée le 14 avril 2026, le vice-président sera nommé et révoqué par le chef de l’État. En cas de vacance du pouvoir, il achèvera le mandat présidentiel en cours, ce qui donne à cette nomination une importance décisive dans la préparation de l’après-Biya.
