Par Arlette Akoumou Nga
Selon les premiers éléments recueillis, le drame s’est produit aux environs de 11 heures. Nnanga Nnaga Lucien aurait saisi un fusil de chasse à leur domicile et tiré à deux reprises sur son épouse, l’atteignant notamment à la tête et à la jambe.
Le couple s’était marié en mars dernier, soit environ six mois avant le drame. Des proches de Liliane Nyangone se seraient opposés à cette union, notamment après les prédictions d’une voyante qui aurait annoncé que la jeune femme mourrait si elle épousait le prophète.
Après les tirs, le suspect aurait transporté le corps de son épouse à la morgue en utilisant une fausse identité. Il aurait ensuite fait parvenir un message à la famille dans lequel il affirme avoir tiré sur Liliane Nyangone après l’avoir « confondue avec un oiseau ».
Nnanga Nnaga Lucien aurait ensuite pris la fuite. Il était toujours recherché ce mercredi, selon les informations disponibles.
Cette nouvelle mort intervient dans un contexte marqué par une succession de violences mortelles contre des femmes au Cameroun. Selon le décompte communiqué à Panorama Papers, Liliane Nyangone serait la quatrième femme tuée depuis le début de cette semaine, après 23 autres décès recensés au cours des trois semaines précédentes.
Les féminicides, une préoccupation croissante au Cameroun
Le phénomène des féminicides et, plus largement, des violences faites aux femmes préoccupe désormais jusqu’aux institutions internationales présentes au Cameroun.
En juin 2026, le système des Nations unies au Cameroun avait publiquement alerté sur une « recrudescence récente » des féminicides, des infanticides et des violences sexuelles dans le pays. L’Onu avait appelé au renforcement de la prévention, des mécanismes de signalement, de l’accès à la justice et de la lutte contre l’impunité.
Le Cameroun dispose d’une Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre couvrant la période 2022-2026. La base de données d’Onu Femmes indique toutefois que le pays ne dispose pas d’une loi autonome spécifiquement consacrée à l’ensemble des violences faites aux femmes et aux filles.
La difficulté réside également dans la disponibilité de statistiques nationales consolidées permettant de mesurer précisément le nombre de féminicides. Onu Femmes souligne à l’échelle internationale que de nombreux meurtres de femmes ne peuvent pas être classifiés comme féminicides faute d’informations suffisantes sur les circonstances et le mobile.
Le phénomène dépasse largement le Cameroun. En 2024, environ 50 000 femmes et filles ont été tuées dans le monde par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit en moyenne 137 victimes par jour. L’Afrique affichait le taux régional le plus élevé, avec environ 3 victimes pour 100 000 femmes et filles.
Au Cameroun, la succession récente de morts violentes de femmes relance ainsi la question de la prévention des violences conjugales, de la protection des victimes et de la réponse judiciaire face aux auteurs présumés.
Les circonstances précises de la mort de Liliane Nyangone ainsi que la version attribuée à son époux devront être établies par l’enquête.
