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Cameroun > Les consultations au Palais d’Etoudi : Entre manœuvres politiques et incertitudes électorales à la veille de la présidentielle d’octobre 2025

À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre 2025, le Cameroun semble replonger dans une dynamique politique désormais bien connue mais toujours plus controversée.

by world top news
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Avec Benjamin BALA ONAMBELE, Juriste.

Entre les consultations à huis clos au Palais d’Etoudi, la candidature renouvelée de Paul Biya, président sortant âgé de 93 ans, les tensions au sein des instances religieuses et une opposition fragmentée, l’actualité politique camerounaise suscite à la fois inquiétude, fatigue démocratique et attentes fébriles. Ce contexte complexe est marqué par ce que certains qualifient déjà de « balais diplomatiques », orchestrés par le Secrétaire Général à la Présidence de la République (SGPR), chef de la task force de campagne de Paul Biya, dans une démarche aux contours flous et aux intentions clairement électoralistes.

Les consultations d’Etoudi : Une campagne sans le candidat

L’une des spécificités majeures de la pré-campagne 2025 est que Paul Biya lui-même ne se présente plus. Du moins physiquement. Tout semble désormais se faire par procuration : la gestion du pays, les décisions stratégiques, et même les préparatifs électoraux. En témoigne le ballet ininterrompu de dignitaires religieux, politiques et coutumiers invités successivement au palais présidentiel, à l’initiative de son entourage. Une manœuvre qui, bien qu’officiellement qualifiée de « consultations », porte en réalité les marques d’une pré-campagne déguisée visant à baliser le terrain pour la reconduction du président sortant.

Cibles des consultations : une stratégie politique bien rodée

Les consultations ciblent méthodiquement :
Les députés, sénateurs et maires, piliers institutionnels de la machine électorale ;
Les autorités traditionnelles : chefs Bamileke, Mbog Bog, lamidos du Nord, garants symboliques de la paix et du vote communautaire ;
Les leaders religieux, y compris les imams et nonces apostoliques – à l’exception notable des évêques camerounais, plus divisés ;
Les partis dits satellitaires (Paddec, fraction de l’Upc, etc.), parfois perçus comme de simples soutiens du statu quo ;
Les membres du gouvernement, dont certains expriment des réticences à s’impliquer personnellement dans la campagne.

Ce ciblage reflète une volonté de légitimer la candidature de Paul Biya par un soutien d’envergure nationale, tant institutionnel que communautaire. Toutefois, ces démarches suscitent des critiques sur leur légalité, leur opportunité, et surtout leur efficacité réelle dans un pays où les conditions de vie ne cessent de se dégrader.

Fractures religieuses et prise de parole des évêques : l’Église dans la tourmente

La dimension religieuse de ces consultations a suscité des remous. Le refus initial des évêques catholiques d’y participer révèle des désaccords profonds au sein de la Conférence épiscopale du Cameroun. Certains prônent une neutralité politique, d’autres dénoncent ouvertement une candidature jugée excessive.
Des voix fortes s’élèvent, à l’instar de Mgr Kleda, qui appelle à une nouvelle ère pour le Cameroun, ou encore l’évêque de Yagoua, dont le sermon choc — « cette année, même le diable peut être président, on verra le reste après » — a électrisé le débat.
En réponse, des responsables politiques comme le ministre affirmant qu’on peut vivre avec 35.000 francs CFA/mois n’hésitent pas à tourner en dérision l’impuissance perçue de l’Église face aux fléaux sociaux. Une polarisation qui illustre combien le religieux devient un champ de bataille idéologique à l’approche du scrutin.

Une opposition désorganisée face à une machine bien huilée

Pendant ce temps, l’opposition camerounaise peine à proposer une alternative cohérente. Bien que les douze candidats retenus pour la présidentielle aient été annoncés, des initiatives de coalition ou candidature unique tardent à se concrétiser. Maurice Kamto, principal opposant écarté de la course, reste influent et semble jouer la carte de la séduction politique, rencontrant des figures comme Bello Bouba Maïgari ou Issa Tchiroma Bakary, pourtant proches du pouvoir.
Mais le temps presse. Faute d’un front commun, le vote de protestation pourrait être dilué, laissant le champ libre à une victoire facile du président sortant, malgré les signes évidents de fatigue du système.

Le mal-être socio-économique : toile de fond incontournable

Au-delà des manœuvres de palais, le peuple camerounais reste confronté à une réalité socio-économique difficile :
Accès précaire à l’eau potable et à l’électricité ;
Inflation galopante et raréfaction des produits de première nécessité ;
Chômage massif, notamment chez les jeunes diplômés ;

Infrastructures routières, hospitalières et aéroportuaires en ruine.

L’écart entre ces souffrances quotidiennes et les discours officiels creuse une fracture de confiance profonde entre les citoyens et l’élite politique. Le « vote sanction », souvent évoqué, reste hypothéqué par l’absence d’une alternative crédible et par des élections jugées peu transparentes par de nombreux observateurs.

Conclusion et perspectives : Que faire ?

La présidentielle du 12 octobre 2025 est plus qu’un rendez-vous électoral. Elle constitue une rencontre cruciale entre un peuple désabusé et une classe politique à bout de souffle. Entre un président vieillissant présenté comme icône de paix et une opposition incapable de se rassembler, l’électorat camerounais est pris dans un enchevêtrement de confusion, de désillusion et de résignation.

Que faut-il retenir ?

L’absence de Paul Biya sur le terrain souligne le fonctionnement par délégation d’un régime en fin de cycle ;
Les consultations à Etoudi posent la question du respect des principes démocratiques et de la clarté institutionnelle ;
L’éclatement de l’opposition favorise une reconduction automatique du pouvoir en place, faute de mieux.

Que proposer pour l’avenir ?

  1. Encourager une alliance stratégique de l’opposition autour d’un programme commun et non d’un homme ;
  2. Renforcer les missions d’observation électorale nationale et internationale pour garantir un minimum de transparence ;
  3. Promouvoir une culture civique active, incitant les citoyens à participer malgré le désenchantement ambiant ;
  4. Repenser le leadership politique autour de la compétence, de la santé mentale et physique des dirigeants, et non de la longévité.

Vers quel destin politique pour le Cameroun ?
Il est encore temps d’éviter le chaos politique et institutionnel. Mais cela nécessite une responsabilisation collective : des citoyens, des leaders politiques, des autorités religieuses et de la communauté internationale. L’avenir du Cameroun ne peut plus se construire sur des slogans, des icônes absentes et des consultations protocolaires. Il doit s’appuyer sur une vision de société, une alternance réelle et une démocratie vivante.

À suivre…

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