Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Un pays stratégique au golfe de Guinée, “ l’Afrique en miniature”, le Cameroun, pays à cheval entre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et doublement au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) d’une part et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac) d’autre part, a perdu au fil des ans le prestige qui lui était dû jadis dans le concert des Nations du continent.
De pays en voie de développement, pays à revenu intermédiaire, le 237 a plongé sans transition, corps et âme, dans l’abîme des pays pauvres très endettés (Ppte) en moins de deux décennies. Le coupable numéro un désigné, était les institutions de Brettons Woods, le Fmi et la Banque mondiale, avec les ignobles plans d’ajustement structurel du début des années nonante. Pour sortir de ce trou noir, du moins l’espérait -on, les Camerounais sont passés par le rugosité de l’Initiative pays pauvre très endetté (Ppte) et a atteint son point achèvement en 2006.
Ce nouveau statut d’avoir la tête hors de l’eau, reçu avec un grand ouf de soulagement par le peuple camerounais, a permis l’annulation d’une grande partie de la dette extérieure du Cameroun, environ 70 % des créances extérieures et des réductions substantielles auprès du Club de Paris.
Le pays a également bénéficié de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (Iadm), libérant des marges budgétaires pour financer des dépenses publiques de lutte contre la pauvreté. On se souvient que pour annoncer cette bonne nouvelle, Paul Biya annonçait à ses compatriotes qu’on voit déjà le bout du tunnel: comprenez le bout de la sortie et non de l’entrée dans le tunnel.
Il s’en est suivi la vision de l’émergence à l’horizon 2035. Pour implémenter cette vision, il y a eu d’abord
le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi ( Dsce), qui a servi de cadre de référence pour la politique économique, sociale et de développement du Cameroun de 2010 à 2020. Les analystes camerounais, très généreux sur la perception des choses, ont estimé qu’au cours de cette décennie, il y a eu une croissance économique autour de 4,5%, en dessous de 5.5 % de l’objectif initial.
Après le Dsce, le gouvernement camerounais a opté pour la Stratégie nationale de développement de 2020 à 2030 (Snd20-30), une sorte de correctif du Dcse. Alors qu’elle est en cours, beaucoup d’observateurs et même le Minepat, reconnaissent qu’elle a quelque peu du plomb dans l’aile. Les plus pessimistes estiment que cette stratégie est comme un train qui déraille avant de sortir de la gare. Le taux de croissance initial moyen initial était de 8 %. Mais aujourd’hui, les prévisions économiques situent la croissance du Cameroun entre 2020 à ce jour, entre 3,5 et 4,5 %, très loin des 8%. Il en est ainsi au point où certains se demandent où va le Cameroun.
Dans ce sillage, des entreprises sur les chantiers structurants ont pour l’essentiel déserté les lieux, laissant les édifices inachevés. Le cas le plus emblématique est le Complexe sportif d’Olembé. L’Italien Piccini,le Canadien Magil sont passés par là et sont partis sans demander leur reste. Alors que le Complexe est toujours inachevé, le Cameroun est traîné devant le Centre international pour le règlement des différends relatives aux investissements (Cirdi) et condamné le 14 septembre 2026 à verser 51,5 milliards de Fcfa à l’entreprise italienne Piccini suite à l’expropriation illégale et la résiliation abusive du contrat. Bien plus, en juillet, un tribunal arbitral de la Chambre de commerce internationale (Cci) a condamné le Cameroun à verser plus de 600 millions de dollars environ 355 milliards de Fcfa à la junior australienne Sundance resources pour violation des engagements concernant le gisement de fer de Mbalam-Nabeba.
Aujourd’hui encore, on apprend un contentieux
sur l’automatisation des péages routiers qui oppose l’État du Cameroun à l’entreprise Tollcam Partenariat Sas.
Cette dernière, une française, a saisi la Cour internationale d’arbitrage (Cci) de Paris. Le montant réclamé est d’environ 30 milliards de Fcfa, 52 millions de dollars, suite à la résiliation unilatérale du contrat de partenariat public-privé (Ppp) signé en 2019. L’objet du contrat portait sur la conception, la construction, l’équipement, l’exploitation et la maintenance de 14 postes de péage automatiques (dont 7 ont été construits mais sont restés à l’arrêt). Il va sans dire qu’il y a comme un printemps des procédures arbitrales contre le gouvernement camerounais qui peine à conduire jusqu’à son terme les travaux engagés.
L’autoroute Douala-Yaoundé, dont les travaux ont été lancés en 2014 par l’entreprise la China first highway engineering company, n’a produit à date rien que 60 Km. Les 141 km à construire sont toujours en attente. La construction des multiples barrages hydroélectriques ne résorbe pas définitivement l’épineuse question des délestages. Le réseau routier n’est pas logé à la meilleure enceinte. Les axes stratégiques tels que Douala- Bafoussam, Douala -Yaoundé, Bertoua- Kousseri, sont dans un état critique. Dans l’Enseignement supérieur, on annonce la grève des enseignants avant la rentrée. Dans cette flopée de mauvaises nouvelles, on retient tout de même en matière sportive, la victoire du Cameroun à la finale de la Can Maroc 2026. Le peuple attend des gouvernants des bonnes nouvelles pour rêver, pour espérer des conditions de vie meilleure, car il fait toujours bon vivre chez soi qu’ailleurs.
