Avec Polycarpe Xavier Atangana
L’audience de l’affaire Martinez Zogo s’est ouverte le 5 janvier 2026 à 11h33 par la cross-examination du commissaire Ellong James Lobé, témoin du ministère public. Avant l’entame des débats, la cour a observé un moment de recueillement à l’annonce du décès de la fille biologique de l’accusé Maxime Léopold Eko Eko, survenu le samedi précédent.
Les échanges, d’une grande technicité, ont opposé les avocats de l’État, de la défense, les accusés et le témoin, autour de quatre axes majeurs définis par Me Claude Assira : la mission, la cible, l’opération et les moyens logistiques et financiers à la Dgre.
Interrogé sur la distinction entre secret professionnel et secret-défense, le commissaire Ellong James Lobé a affirmé n’avoir jamais été confronté à une telle notion dans sa carrière, évoquant uniquement des obligations liées aux missions reçues. Revenant sur son parcours, il a rappelé avoir été notamment chef intérimaire du service de la protection en 2010, puis adjoint et chef de la division des opérations.
Sur la question de Martinez Zogo comme éventuelle cible, le témoin a nié toute connaissance préalable, affirmant n’avoir jamais vu de rapport à son nom. Il a toutefois indiqué avoir appris, par confidences ultérieures, l’existence supposée d’une mission top secrète menée pour le directeur des opérations de l’époque, Justin Danwé. Selon lui, à son niveau de responsabilité, cette mission était « inconnue, donc inexistante ».
Le commissaire Ellong a soutenu qu’aucune opération ne pouvait être engagée sans ordre émanant du directeur général, et qu’aucun moyen logistique, y compris les armes, ne pouvait être mobilisé sans cette autorisation. Il a qualifié l’utilisation d’une arme de guerre russe modifiée, évoquée dans le dossier, d’inhabituelle et contraire aux usages de la Dgre.
Interrogé par les avocats des ayants droit de Martinez Zogo, il a confirmé que les cas d’insoumission existaient au sein de l’administration, mais que l’élément refusant une mission s’exposait à des sanctions disciplinaires, sans avoir à juger de la légalité de l’ordre reçu.
Les débats ont également porté sur l’organisation interne de la Dgre, notamment l’existence d’une salle de réunion propre à la direction des opérations, isolée du bâtiment de la direction générale, ainsi que sur l’absence, selon le témoin, de service de localisation opérationnel à l’époque des faits.
L’audience a connu un moment de forte tension vers 15h10 lorsqu’un incident a opposé Martin Savom à Maxime Léopold Eko Eko, obligeant le président du tribunal à rappeler l’ordre et à imposer une distance entre les deux hommes.
Lors du contre-interrogatoire mené par Maxime Léopold Eko Eko lui-même, le témoin a affirmé qu’un directeur des opérations ne pouvait financer une mission sur une durée de dix-sept jours, ni conserver des fonds longtemps après l’annulation ou l’achèvement d’une opération. Il a également nié avoir reçu un ordre d’effacer des messages liés à une mission, qualifiant une telle pratique d’inappropriée.
Les échanges avec Justin Danwé ont été particulièrement tendus, certains propos du témoin suscitant de vives réactions. Les questions des autres accusés ont porté sur la légalité de la filature, les accusations de tribalisme et de copinage, ainsi que sur l’usage controversé de fiches techniques et de moyens de surveillance.
Après une suspension à 17h10 et une reprise à 18h33, l’audience a finalement été levée à 23h37, après plus de douze heures de débats. Elle doit reprendre ce jour à 12h00.
L’affaire Martinez Zogo, du nom du journaliste retrouvé mort en janvier 2023, met en cause plusieurs responsables et agents de la Direction générale de la recherche extérieure. Le procès, très suivi par l’opinion publique, vise à établir les responsabilités dans les circonstances de son enlèvement, de sa détention et de sa mort, sur fond d’accusations de dérives sécuritaires et de luttes internes au sein de l’appareil de renseignement camerounais.
