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Cameroun | Affaire Martinez Zogo: Révélations majeures lors de l’audience criminelle spéciale au Tribunal militaire de Yaoundé

La session criminelle spéciale du Tribunal militaire de Yaoundé, tenue du 16 au 17 décembre 2025, a été marquée par les témoignages du journaliste Xavier Messè et du commissaire divisionnaire Ellong Lobe James. Deux auditions qui ont apporté des éclairages majeurs sur la chronologie des faits et le fonctionnement interne de la Dgre.

by Panorama papers
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Par Hager Elina

L’audience criminelle spéciale du Tribunal militaire de Yaoundé, ouverte à 11 h 30 le 16 décembre 2025, s’est achevée le 17 décembre par l’audition des seizième et dix-septième témoins dans l’affaire Martinez Zogo.

Le journaliste Xavier Messè a été le premier entendu. Répondant aux questions du ministère public, il a expliqué avoir été contacté par le directeur général de Radio Balafon, basé à Douala, six jours après la découverte du corps de Martinez Zogo, pour une interview. Il a indiqué que cet appel l’avait réveillé et portait sur son appréciation de cette découverte macabre.

Xavier Messè a déclaré avoir qualifié la scène d’horreur, précisant qu’il suivait les informations minute par minute grâce à des échanges avec un confrère appartenant au même réseau professionnel. Selon lui, le jour de la découverte du corps, un confrère l’a appelé pour lui annoncer que Martinez Zogo avait été tué. Après avoir demandé confirmation de la fiabilité de la source, il a entrepris des vérifications, notamment à travers des images montrant les sapeurs-pompiers et la police procédant au transfert du corps à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé.

Poursuivant son témoignage, Xavier Messè a indiqué que le forum du Repac regroupe 76 patrons de presse. Il a affirmé que l’information vérifiée était que Martinez Zogo avait été enlevé puis retrouvé mort, conformément aux éléments recueillis par ses soins. Interrogé sur d’éventuelles précisions données avant vérification complète, il a reconnu avoir fait une mise au point sur sa page Facebook le 22 janvier et a affirmé ne s’être jamais rétracté.

Concernant une lettre d’excuses évoquée au cours de l’enquête, il a déclaré que, lors de son audition par la commission d’enquête mixte, des policiers judiciaires l’avaient contraint à rédiger une lettre affirmant qu’il avait menti, en présence de son conseil. Il a soutenu avoir demandé que les termes lui soient dictés, ne comprenant pas l’objet précis de ces excuses.

Sur son informateur, Zéphirin Koloko, le témoin est resté réservé, tout en donnant des détails sur leurs échanges téléphoniques, notamment un premier appel de 15 secondes annonçant la mort de Martinez Zogo et un second, le 18 janvier à 10 h 04, d’une durée de 41 secondes. Lors de la contre-interrogation menée par Me Tchoungang Charles, Xavier Messè a reconnu quelques hésitations sur les dates, sans s’écarter de ses déclarations antérieures faites à l’enquête préliminaire et devant le juge d’instruction Sikati.

Il a maintenu l’ensemble de ses déclarations, affirmant n’avoir subi aucune manipulation. Il a également indiqué que, fidèle à la discipline morale qu’il s’était fixée en début de carrière, il n’aurait jamais signé une lettre d’excuses s’il n’avait pas été sous pression. Ancien patron de la rédaction du groupe L’Anecdote, il a déclaré que Martinez Zogo « faisait tout sauf le journalisme ».

Après une suspension d’audience à 15 h 07 et une reprise à 16 h 00, le ministère public a appelé le dix-septième témoin, le commissaire divisionnaire Ellong Lobe James, en service à la Dgsn depuis février 2025.

Interrogé par le commissaire du gouvernement, le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, sur l’organigramme et les missions de la Dgre, Ellong Lobe James a d’abord invoqué le secret professionnel. Un débat s’est alors ouvert sur l’opportunité d’un huis clos partiel, plusieurs avocats invoquant la protection des secrets d’État, tandis que d’autres s’y opposaient, estimant que les plus hautes autorités avaient déjà donné leur accord.

Répondant ensuite sur le fond, le commissaire divisionnaire a expliqué que les missions de la DGRE reposent sur un processus structuré comprenant l’analyse, la planification, la définition des objectifs, l’évaluation des risques et la validation finale par le directeur général. Il a précisé que toute mission est soumise par la direction des opérations au directeur général, en l’occurrence Maxime Eko Eko, y compris lorsque les ordres sont verbaux, ceux-ci devant être retranscrits mot à mot.

Selon lui, seul le directeur général est habilité à évaluer l’urgence d’une mission. Il a détaillé les différentes phases, depuis l’identification d’une menace pour la sécurité de l’État ou la stabilité des institutions jusqu’à l’élaboration d’un plan d’opération. Il a souligné que le directeur général ne dirige pas directement l’opération sur le terrain, cette tâche revenant à un officier désigné.

Sur les moyens logistiques et financiers, Ellong Lobe James a affirmé que la Dgre dispose de son propre parc automobile et ne recourt pas à des véhicules de tierces personnes. Il a nié l’existence de per diem, expliquant que le coût des missions est évalué globalement et fait l’objet de comptes rendus et de décharges. Il a également indiqué que la DGRE ne pratique pas la sous-traitance et que, lorsqu’un dossier dépasse ses compétences, il est transmis aux forces de police, de gendarmerie ou au ministère de la Défense.

Interrogé sur le cloisonnement et les déplacements des agents, il a précisé que toute modification devait être consignée dans un ordre d’opération validé par le directeur général. Il a enfin assuré n’avoir jamais eu de conflit avec sa hiérarchie et avoir toujours rendu compte exclusivement au directeur général, évoquant une note de service de novembre 2021 imposant le filtrage des informations.

L’audience a été renvoyée au 5 janvier 2026 pour la poursuite de la contre-interrogation du commissaire divisionnaire Ellong Lobe James.

Animateur radio et lanceur d’alertes, Martinez Zogo a été retrouvé mort en janvier 2023 après son enlèvement à Yaoundé. L’affaire, aux répercussions nationales et internationales, implique plusieurs responsables sécuritaires et suscite un vif débat sur le fonctionnement des services de renseignement camerounais. Le procès en cours devant le Tribunal militaire vise à établir les responsabilités dans les circonstances de sa mort.

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