Par Ilyass Chirac Poumie
Exclu du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, l’ancien trésorier adjoint Okala Ebode a rendu publique une analyse dans laquelle il détaille ce qu’il qualifie d’« hérésie politique » : un éventuel retour de Maurice Kamto sans respecter les conditions prévues par les textes. Selon lui, une telle option constituerait une faute stratégique majeure et un précédent dangereux pour l’avenir du parti.
En premier lieu, Okala Ebode estime qu’un retour de Maurice Kamto porterait atteinte à la cohérence de la parole donnée. Il rappelle que l’ancien président national avait affirmé publiquement à Odza : « Ce qui se passe désormais au MRC ne me concerne plus ». Revenir sans passer par les instances compétentes « détruirait la confiance », soutient-il.
Deuxième enjeu relevé : la désacralisation des règles internes. Okala Ebode affirme que contourner la Convention et l’article 29 alinéa b reviendrait à instaurer « la jurisprudence du passe-droit », délégitimant les institutions du parti. Il cite Barack Obama : « Africa does not need strong men, it needs strong institutions ».
Il évoque ensuite un contresens politique, estimant que le Cameroun est entré dans une phase de transition générationnelle nécessitant « des procédures lisibles » plutôt qu’un retour aux personnalités fortes. Reprenant Amilcar Cabral, il appelle à « dire la vérité » et à respecter les textes sans raccourci.
Sur le plan externe, Okala Ebode estime qu’un revirement accentuerait le manque de lisibilité du parti et rappelle l’épisode du boycott des élections locales de 2020, décidé malgré des signaux contraires émis quelques mois plus tôt. Un nouveau changement de cap, selon lui, fragiliserait la crédibilité du MRC.
Il évoque également un risque de « contamination » sur les échéances électorales de 2026 : un vice de procédure à la tête du parti pourrait hypothéquer les investitures, gripper l’appareil et offrir une arme contentieuse aux adversaires.
Enfin, il plaide pour une projection vers l’avenir, citant Thomas Sankara : « Il faut oser inventer l’avenir ». Pour lui, la priorité doit être la consolidation des institutions internes, la lisibilité et la transition, et non la création d’exceptions personnelles.
Dans une dernière série de réponses aux objections, il rappelle que le Conseil National ne possède ni le pouvoir d’élire le président du parti ni celui de modifier les statuts. Selon lui, seule la Convention peut trancher. La clameur de la base ne suffit pas non plus, écrit-il, puisqu’elle doit s’exprimer dans le cadre défini par les textes. L’exclusion d’Okala Ebode intervient dans un moment délicat pour le MRC, marqué par des tensions internes autour de la succession, de l’interprétation des statuts et de l’avenir stratégique du parti à l’approche des échéances électorales de 2026. Ses prises de position alimentent un débat majeur sur la gouvernance interne et les équilibres institutionnels du mouvement.
