Par Ilyass Chirac Poumie
Le ton est monté entre Yaoundé et Libreville. Dans une correspondance datée du 3 novembre 2025 adressée au Secrétaire général de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), le directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) répond vertement aux accusations selon lesquelles son institution perturberait les activités du secteur bancaire.
Le responsable de la CDEC rejette en bloc ces allégations, qu’il juge « infondées » et « relayées par une certaine presse instrumentalisée ». Il reproche à la Cobac d’avoir pris parti pour des « banques inciviques » qui, selon lui, refusent depuis plusieurs mois d’honorer leur obligation légale de transfert des ressources dues à la CDEC. « Ces établissements de crédits ont continué durant cette période de fructifier au profit de leurs actionnaires des ressources appartenant à l’État », écrit-il, accusant certains d’entre eux de manœuvres de résistance et de lobbying.
Le dirigeant affirme que la CDEC, créée par la loi de 2008 mais réellement mise en service en 2023, a privilégié une approche « pédagogique et participative » sous la supervision du gouvernement camerounais. Il rappelle que les procédures judiciaires engagées contre les banques récalcitrantes sont
« républicaines et légitimes » et ne sauraient être assimilées à des « perturbations du secteur bancaire ».
S’en prenant directement à la Cobac, la CDEC estime que celle-ci « outrepasse le périmètre de ses compétences » et s’immisce abusivement dans des domaines relevant de la souveraineté nationale, tels que le système de cautionnement des marchés publics. Le directeur général dénonce ce qu’il appelle une « capture du régulateur par les régulés » et invite la Cobac à « se recentrer sur ses missions originelles » afin de restaurer la confiance et la stabilité du système financier sous-régional.
La Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) a été créée par la loi du 8 avril 2008 pour centraliser et sécuriser certains fonds publics et privés, notamment les dépôts, consignations et cautions. Toutefois, sa mise en œuvre effective n’a eu lieu qu’en 2023, après la nomination de ses organes dirigeants. Depuis, plusieurs établissements bancaires contestent le transfert de ressources vers la CDEC, estimant que l’opération pourrait déstabiliser leurs équilibres financiers. Ce bras de fer institutionnel s’inscrit dans un contexte de recomposition du paysage bancaire camerounais et de tensions récurrentes entre régulateurs nationaux et sous-régionaux au sein de la Cemac.
