Par Ilyass Chirac Poumie
Dans une nouvelle sortie au ton incisif, Sa Majesté Célestin Bedzigui, Commandeur de l’Ordre de la Valeur, alerte sur ce qu’il qualifie d’« ethno-fascisme » et d’ensauvagement du discours politique au Cameroun, particulièrement sur les réseaux sociaux. Selon lui, un climat d’intolérance s’est installé, transformant Facebook et autres plateformes en « espaces d’insultes fétides et rageuses », dirigées contre tous ceux dont les opinions ne s’alignent pas avec celles de certains groupes militants.
L’homme politique affirme être lui-même la cible d’attaques systématiques, souvent, dit-il, de la part d’internautes dont « 99% des patronymes renvoient à une même région » et qui se mobiliseraient en défense de personnalités telles que Maurice Kamto ou, plus récemment, Issa Tchiroma. Il y voit les signes d’un « dérèglement mental collectif » et d’un embrigadement émotionnel de groupes qui, selon lui, se comporteraient comme des « mouvements fascistes » autour de figures politiques perçues comme des chefs absolus.
Bedzigui rejette de nouveau toute accusation de soutien au Président Paul Biya, rappelant qu’il n’a jamais bénéficié d’aucune fonction publique, contrairement à d’autres figures politiques — Momo, Bapooh Lipot, Issa Tchiroma ou même Maurice Kamto — qui, eux, ont exercé des responsabilités gouvernementales par le passé. Il estime que cette accusation persistante provient de malentendus historiques liés à son positionnement modéré dès le début du multipartisme, aux rivalités internes à l’opposition, mais également de ressorts tribaux visant à écarter toute figure ekang crédible de l’espace contestataire.
L’ancien président de l’ORD cite aussi son opposition à certaines sorties de Maurice Kamto, notamment celles visant le philosophe Mono Ndjana après son décès, comme un autre élément déclencheur de ce rejet violent. Il souligne enfin que pour certains de ses détracteurs, l’insulte serait devenue l’ultime refuge face à « la puissance de la pensée ».
Déplorant une tentative de « désacralisation » de son statut d’autorité traditionnelle, Bedzigui dit ne ressentir que « pitié » face à ce qu’il appelle un « gâchis d’humanité ». Il conclut en réaffirmant son engagement pour un espace politique où la République, ses institutions et son Président doivent être respectés, dénonçant les tentatives de leur « abattement par les raccourcis de la manipulation et de l’invective ». Et de lancer, déterminé : « Insultez tant que vous voulez… No pasarán ! »
Sa Majesté Célestin Bedzigui, figure politique et traditionnelle, est régulièrement ciblé par des critiques en ligne dans un contexte de polarisation croissante du débat public camerounais. Sa prise de parole intervient dans un climat déjà tendu, marqué par les rivalités entre factions de l’opposition, les accusations réciproques de tribalisme et un recours de plus en plus courant à l’insulte et à la diffamation sur les réseaux sociaux. Ses précédentes positions contre l’instauration d’une « pensée unique » dans l’opposition et ses critiques adressées à certaines figures majeures alimentent depuis plusieurs années la controverse autour de son rôle et de ses prises de position.
