Par Serge Aimé BIKOI
Selon le secrétaire national en charge de la réforme et de la modernisation de l’État du Mrc, une telle option constituerait une faute stratégique majeure et un précédent dangereux pour l’avenir du parti. En premier lieu, J.T. Okala Ebode estime qu’un retour de Maurice Kamto porterait atteinte à la cohérence de la parole donnée. Il rappelle que l’ancien président national avait affirmé publiquement à Odza : « Ce qui se passe désormais au Mrc ne me concerne plus ». Revenir sans passer par les instances compétentes « détruirait la confiance », soutient-il.
Deuxième enjeu relevé : la désacralisation des règles internes. Okala Ebode affirme que contourner la Convention et l’article 29 alinéa b reviendrait à instaurer « la jurisprudence du passe-droit », délégitimant les institutions du parti. Il cite Barack Obama : « Africa does not need strong men, it needs strong institutions ».
Il évoque ensuite un contre-sens politique, estimant que le Cameroun est entré dans une phase de transition générationnelle nécessitant « des procédures lisibles » plutôt qu’un retour aux personnalités fortes. Reprenant Amilcar Cabral, il appelle à « dire la vérité » et à respecter les textes sans raccourci.
Sur le plan externe, Okala Ebode estime qu’un revirement accentuerait le manque de lisibilité du parti et rappelle l’épisode du boycott des élections locales de 2020, décidé malgré des signaux contraires émis quelques mois plus tôt. Un nouveau changement de cap, selon lui, fragiliserait la crédibilité du Mrc. Il évoque également un risque de « contamination » sur les échéances électorales de 2026 : un vice de procédure à la tête du parti pourrait hypothéquer les investitures, gripper l’appareil et offrir une arme contentieuse aux adversaires.
Enfin, l’ancien trésorier national adjoint du Mrc plaide pour une projection vers l’avenir, citant Thomas Sankara : « Il faut oser inventer l’avenir ». Pour lui, la priorité doit être la consolidation des institutions internes, la lisibilité et la transition, et non la création d’exceptions personnelles. Dans une dernière série de réponses aux objections, il rappelle que le Conseil National ne possède ni le pouvoir d’élire le président du parti, ni celui de modifier les statuts. Selon le membre fondateur du Mrc, seule la Convention peut trancher. La clameur de la base ne suffit pas non plus, écrit-il, puisqu’elle doit s’exprimer dans le cadre défini par les textes.
Le Comité national de médiation et d’arbitrage(Cnma) du Mrc a tenu une réunion ce mardi, 18 novembre, au cours de laquelle la décision d’exclusion d’Okala Ebode a été mise en débat et actée au demeurant. Selon des sources concordantes, il est reproché à Okala Ebode d’avoir accusé Maurice Kamto, ancien leader national du parti, et Alain Fogue, trésorier national, d’être des “agents de la France”, allégation qu’il aurait proférée dans un forum WhatsApp. Toute chose récusée par Okala Ebode qui estime plutôt que si aujourd’hui, l’on veut l’exclure du parti, c’est en raison de son opposition au retour de M. Kamto à la tête de cette formation politique de l’opposition camerounaise. Dans la soirée du 18 novembre, la rumeur de l’exclusion d’Okala Ebode a circulé sur la toile telle une traînée de poudre. Rumeur démentie ce mercredi, 19 novembre par le président national par intérim du Mrc.
“Des rumeurs persistantes font état de l’exclusion de Okala Ebode du Mrc. Je tiens à rassurer tout le monde qu’aucune décision définitive n’a été prise dans ce sens. Le Comité national de médiation et d’arbitrage (Cnma) a soumis les conclusions de sa séance et elles sont en étude”, indique Mamadou Mota sur sa page Facebook officielle.
Cette actualité a droit de cité dans un moment délicat pour le Mrc marqué, aujourd’hui, par des tensions et dissensions internes autour de la succession, de l’interprétation des statuts et de l’avenir stratégique du parti à l’approche des échéances électorales locales de 2026. La prise de position de l’ancien trésorier national du Mrc alimente un débat majeur sur la gouvernance interne et sur les équilibres institutionnels du parti. En rappel, une convention extraordinaire a été convoquée pour le 29 novembre 2025 au siège du parti à Odza avec appel à candidatures en cours et dépôt des dossiers jusqu’au jeudi, 20 novembre.
