Par Joël Onana
Un regroupement d’organisations de la société civile camerounaise, parmi lesquelles United4Cameroon, Un Monde Avenir et Nouveau Droit de l’Homme Cameroun, a adressé une correspondance officielle à Emmanuel Macron pour l’alerter sur la situation politique jugée « extrêmement préoccupante » au Cameroun depuis l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. La lettre, enregistrée sous la référence J046641, fait état d’un climat de durcissement, d’un déficit de transparence électorale et de violations graves des libertés fondamentales.
Les signataires rappellent qu’une première alerte, transmise en août, anticipait déjà des risques de recul démocratique. Selon eux, ces inquiétudes se sont confirmées, malgré une forte mobilisation citoyenne et des signaux envoyés par plusieurs représentations diplomatiques évoquant une aspiration claire au changement. Ils affirment que les données collectées par les observateurs indépendants indiquaient une victoire du candidat Issa Tchiroma Bakary.
La lettre dénonce ensuite une série de mesures restrictives entre le vote et la proclamation des résultats : limitation de la liberté de la presse, interdiction de la diffusion indépendante des procès-verbaux et rejet de tous les recours déposés devant le Conseil constitutionnel, qui a proclamé vainqueur le président sortant Paul Biya. Les Ong relèvent également des écarts persistants entre les chiffres transmis par Elecam et ceux publiés par le Conseil constitutionnel, ainsi qu’une séquence controversée montrant le président de cette institution célébrant les résultats avec des militants du parti au pouvoir.
La répression des manifestations qui a suivi l’annonce officielle est décrite comme particulièrement violente, avec une quarantaine de morts et plusieurs milliers d’arrestations, dont des femmes et des mineurs. Les organisations s’inquiètent aussi du maintien en détention de plusieurs figures proches d’Issa Tchiroma Bakary, comme le professeur Jean Calvin Abah Oyono, ainsi que des opposants Anicet Ekane, Djeukam Tchameni et Parfait Mbvoum, à côté de militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun toujours emprisonnés malgré les avis des Nations unies demandant leur libération.
Les Ong dressent enfin un tableau d’instabilité institutionnelle, évoquant un chef de l’État de 92 ans « n’assumant plus pleinement ses fonctions », et un pouvoir concentré entre les mains d’un cercle restreint sans légitimité démocratique. Elles saluent la décision de la France de ne pas féliciter Paul Biya, mais estiment que le peuple camerounais attend un positionnement plus clair en faveur de la transparence électorale et du respect du suffrage universel.
Les organisations affirment ne pas appeler à l’ingérence, mais à une « vigilance » et à une « responsabilité morale » de la France, qu’elles exhortent à encourager une transition démocratique pacifique afin d’éviter une aggravation de la crise politique et sociale. La présidentielle camerounaise du 12 octobre 2025 se tient dans un contexte de tensions croissantes après l’invalidation controversée de la candidature de Maurice Kamto.
Le scrutin, marqué par des accusations de fraudes, a été suivi de manifestations réprimées violemment. La situation ravive les débats sur la longévité du régime Biya, au pouvoir depuis 1982, et sur la nécessité de réformes profondes du système électoral. Plusieurs organisations citoyennes multiplient depuis les appels à la communauté internationale, en particulier à la France, acteur historique dans la région.
