Par Serge Aimé BIKOI
L’annonce a été faite ce lundi, 1er décembre par un membre de son conseil, Emmanuel Simh. “Anicet Ekane est mort”. L’homme en robe noire évoque un décès survenu en situation de privation de liberté.
“C’est exactement à 7h, heure fatidique constatée par les médecins légistes, indique Hippolyte Meli, autre membre du conseil de l’homme politique, que le président Anicet Ekane, le grand nationaliste est parti tranquillement, paisiblement, sans transiter, par l’agonie, mais entre les mains des héritiers des forces coloniales”.
A. Ekane était incarcéré depuis le 24 octobre dans une atmosphère délétère ayant suivi l’élection présidentielle du 12 octobre. Figure emblématique de la gauche nationaliste camerounaise et leader remarqué des années 90, A. Ekane était détenu dans les geôles du Secrétariat d’État à défense (Sed). Les autorités officielles lui reprochaient son soutien affiché à Issa Tchiroma Bakary, le président national du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), qui a revendiqué sa victoire à l’issue de la présidentielle.
Ekane et Djeukam Tchameni étaient, d’ailleurs, les premiers qui avaient, à travers un communiqué conjoint, proclamé le leader national du Fsnc vainqueur de ce scrutin. Depuis sa détention, le leader national du Manidem a été auditionné au moins quatre fois dans le cadre d’une enquête judiciaire pour des motifs ci-après :
“hostilité envers la patrie, appel à la révolution, appel à la révolte et rébellion”.
Ces dernières semaines, H. Meli et le Manidem avaient tiré la sonnette d’alarme, décriant la confiscation des appareils médicaux, nécessaires, voire indispensables à la survie de l’homme politique.
Dans un communiqué rendu public le 21 novembre, le parti affirmait que les dispositifs de soins d’Anicet Ekane, dont un extracteur d’oxygène, étaient restés dans son véhicule, placé sous séquestre dans les locaux du groupement de gendarmerie de Douala depuis la soirée du 24 octobre.
H. Meli, E. Simh et le Manidem n’ont eu de cesse, à travers diverses sorties publiques, d’alerter l’opinion publique nationale et internationale sur la dégradation de l’état de santé de ce leader politique. Le dimanche, 30 novembre, Mariane Simon Ekane a rendu public un communiqué sur les conditions de captivité de l’homme politique. Celle qui est membre du bureau politique et secrétaire nationale en charge des relations avec l’extérieur relève que
“38 jours après l’arrestation illégale du président du parti et son extradition au Sed dans les conditions inhumaines au mépris de sa santé, le parti informe les autorités camerounaises, la communauté nationale et internationale que l’état de santé de leur camarade se détériore et nécessite, de toute urgence, son internement immédiat et inconditionnel au Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yaoundé, afin de bénéficier d’un traitement adapté et approprié”.
Malencontreusement, quelques heures après, A. Ekane a tiré sa révérence à l’âge de 74 ans à 7h au centre médical de la gendarmerie nationale.
