Par Serge Aimé BIKOI
L’objectif général de cet atelier consiste à renforcer les capacités des enquêteurs et des organisations partenaires au Cameroun et au Tchad à documenter, de manière rigoureuse, sécurisée et harmonisée, les violations de l’espace civique dans le cadre d’une enquête transnationale. De prime abord, Dr Pierre Flambeau Ngayap, sénateur Undp du Littoral et conseiller à la coprésidence du conseil d’administration du Redhac (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale) a défini l’espace civique comme “l’ensemble des conditions politique, juridique et sociale permettant aux citoyens, aux organisations de la société civile, aux leaders politiques, aux journalistes et aux activistes d’exercer librement leurs droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté d’association, la liberté de réunion pacifique, la liberté de manifestation, etc”.
Partant de cette définition, l’homme politique a dressé une catégorisation des cas de violations de l’espace civique, en l’occurrence la restriction administrative, le rétrécissement de l’espace public, la répression des manifestations publiques, les atteintes à la liberté d’expression, le harcèlement des politiques, les arrestations arbitraires, les détentions prolongées, les menaces et intimidations, les violences physiques et les campagnes de diffamation.
P.F. Ngayap a typologisé les restrictions de l’espace civique pour montrer aux défenseurs des droits humains présents en salle comment il est important qu’un parlementaire de sa trempe s’intéresse à ces violations des droits humains. L’enjeu consiste, à long terme, à identifier et documenter les violations de l’espace civique et, au demeurant, à porter le plaidoyer auprès des institutions publiques pour travailler à la résorption des restrictions de l’espace civique. À la suite de l’exposé du conseiller à la coprésidence du conseil d’administration du Redhac, Phillipe Nanga a pris la parole pour se pencher sur les stratégies de documentation, du monitoring et du reporting des violations des droits humains. Le coordonnateur national de l’Ong Un Monde Avenir a tablé non seulement sur la méthodologie de documentation des violations, sur les principes de collecte d’informations, mais aussi et surtout sur les standards de documentation et la gestion des preuves. Au sujet de la stratégie de documentation, P. Nanga invite les journalistes, activistes et défenseurs des droits humains à nouer des réseaux de contacts, d’amis, d’informateurs à travers la région, le pays et, éventuellement, à l’extérieur du pays. Cette constellation de ressources humaines a pour rôle, explique l’expert, de signaler les incidents ou les faits liés aux violations des droits humains.
L’entrepreneur de la société civile propose une fourchette de stratégies de documentation des violations :
- L’enquête et la vérification des informations concernant des allégations ou incidents précis de violations des droits humains
- La constitution d’une base de données qui donne une image de la situation des droits humains
- L’établissement d’une série de faits qui confirment ou infirment l’incident et les circonstances qui l’entourent
- La vérification des accusateurs et des rumeurs
Concernant la surveillance des violations, P. Nanga indique qu’il est impérieux de recueillir, de manière systématique et régulière, des informations liées à des cas de violations des droits humains provenant de sources diverses, en l’occurrence la presse écrite, les émissions radio,, des rapports officiels, des pièces judiciaires, des déclarations des témoins et victimes et des allégations des individus. Au total, en tenant compte du contexte politique, économique et social, la figure de proue de l’Ong Un Monde Avenir appelle au respect scrupuleux de la confidentialité des sources, à savoir anticiper sur les réactions des autorités, à éviter, autant que possible, de prendre part à la remise en ordre d’un espace après des actes de violence ou de violation. In fine, “surveiller, documenter et rapporter, aussi assurer, s’assurer et rassurer”, conclut P. Nanga.
