Par Ilyass Chirac Poumie
Lors d’une séquence officielle retransmise autour de la visite du pape Léon XIV, les caméras ont montré le ministre de l’Administration territoriale, installé à proximité immédiate du souverain pontife pendant un entretien avec Andrew Nkea Fuanya. Était également visible José Avelino Bettencourt.
Cette image protocolaire a rapidement suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques. Le ministre de l’Administration territoriale demeure une personnalité controversée en raison de ses prises de position lors des manifestations postélectorales passées, lorsqu’il avait défendu l’action des forces de sécurité face aux critiques sur l’usage de la force contre des manifestants.
Le nonce apostolique José Avelino Bettencourt reste lui aussi associé, dans une partie de l’opinion, à la polémique née lors de l’inauguration de la cathédrale de Bamenda en novembre dernier. La mention protocolaire du nom du président Paul Biya y avait provoqué des signes publics de désapprobation dans l’assistance, révélateurs du climat politique local.
Quant à Andrew Nkea Fuanya, certains acteurs de la société civile lui reprochent encore sa prudence après les scrutins contestés, estimant que l’Église catholique disposait d’éléments électoraux qu’elle n’a jamais rendus publics.
La présence simultanée de ces personnalités autour du pape souligne la complexité du moment camerounais, entre recherche d’apaisement institutionnel et persistance de fortes rancœurs politiques.
La visite de Pope Leo XIV intervient dans un pays marqué par la longévité du pouvoir, les contestations électorales récurrentes, la crise sécuritaire dans les régions anglophones et une défiance croissante envers les institutions. Les séquelles des crises postélectorales demeurent profondes : plusieurs familles continuent de réclamer vérité, justice et réparations, tandis que tous les morts attribués à ces violences n’ont pas encore été enterrés selon des proches et organisations engagées sur le dossier.
Dans ce contexte, chaque geste protocolaire et chaque proximité symbolique observés durant le séjour papal font l’objet d’interprétations politiques immédiates.
