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Cameroun | Faux décret: Dans les coulisses de l’affaire Baboke

Un faux décret annonçant la nomination d’un vice-président a failli être lu à la CRTV le 12 juin. L’enquête menée pointe vers l’entourage de Paul Biya et le directeur adjoint du cabinet civil, Oswald Baboke, lequel dénonce un complot. Coulisses.

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Par Sandra Embollo avec Jeune Afrique

Qui est Johann Sitchom, l’homme qui a tenté de faire lire un prétendu décret de nomination d’un vice-président à la CRTV, la télévision nationale du Cameroun ? C’est l’une des questions centrales de l’enquête menée par le secrétariat d’État à la Défense (SED) et, sur instruction du chef de l’État Paul Biya, par la Direction de la sécurité présidentielle (DSP). Les investigations sont coordonnées à Yaoundé par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence.

L’affaire remonte au 12 juin. Ce jour-là, Johann Sitchom se présente au siège de la CRTV, porteur d’une enveloppe contenant deux prétendus décrets présidentiels. Le premier annonce la nomination d’un vice-président de la République ; le second détaille un remaniement ministériel. Les documents, avec sceaux officiels et signatures attribuées à Paul Biya, doivent être lus au journal de 17 heures. Mais le projet échoue.

Sitchom a-t-il agi seul ?

Johann Sitchom, interpellé, est désormais interrogé dans les locaux du SED, à Yaoundé. La mère de l’intéressé, elle aussi questionnée par les enquêteurs, a déclaré que ce diplômé en sciences politiques de l’université de Soa souffre de troubles dépressifs depuis plusieurs années, au point qu’il a effectué une « retraite spirituelle » de trois mois au sein de l’église de la famille. S’il avait depuis repris ses études et obtenu sa licence, l’embellie n’aurait cependant pas duré.

Selon sa mère, quelqu’un aurait profité de son présumé état de vulnérabilité. Un homme l’aurait convaincu de télécharger une application permettant d’extraire un décret authentique, d’en conserver la signature et le cachet, puis d’en modifier le contenu. Sitchom se serait exécuté, puis s’est présenté à la CRTV vers 16 h 45, le 12 juin. Il a alors demandé à être orienté vers la direction des actions de souveraineté, affirmant avoir été mandaté par le palais présidentiel.

Il a finalement été conduit auprès d’Aimé Robert Bihina, le patron de la radio gouvernementale. Alerté par plusieurs anomalies, celui-ci a contacté le directeur de la CRTV, Charles Ndongo, lequel a joint Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de Paul Biya. Ce dernier a aussitôt confirmé que le texte ne provenait pas de la présidence. Mais quel nom avait inscrit Sitchom sur le décret portant nomination d’un vice-président ?

Le sien ? Celui d’une autre personnalité ? Alerté, le ministère de la Défense a dépêché des militaires de la sécurité militaire pour procéder à l’arrestation du jeune homme et le dossier a été transmis au SED. Interrogé, Sitchom a livré une première version – le document lui aurait été envoyé rempli par son interlocuteur – puis une seconde, deux jours plus tard : on lui aurait donné le nom de l’application, avant que lui-même n’inscrive son patronyme sur le document.

Ciblé, Baboke dénonce un complot

C’est ici que les choses se compliquent un peu plus encore : selon des sources qui ont consulté le rapport d’enquête, en lieu et place du nom de Sitchom, le faux décret aurait en réalité mentionné Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya, comme vice-président nommé. Depuis, les investigations se poursuivent au SED sous la direction de Galax Yves Landry Etoga, un proche de Ferdinand Ngoh Ngoh, pour tenter de clarifier les faits.

Des rapports de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) au chef de l’État évoquent une possible tentative de « coup d’État institutionnel », s’éloignant de la théorie d’une action isolée, menée par un déséquilibré. Plusieurs sources indiquent d’ailleurs que Sitchom n’aurait montré aucun signe de faiblesse mentale lors de son passage dans les locaux de la CRTV et que son discours était parfaitement cohérent.

Les proches d’Oswald Baboke dénoncent, eux, un complot, dans le contexte de la discrète bataille pour la future vice-présidence, qui pourrait précéder celle pour la succession du chef de l’État, Paul Biya. Ils démentent par ailleurs le fait que la mère de Sitchom serait une fidèle de l’église du directeur adjoint du cabinet civil et assurent également que ce dernier n’a jamais entretenu de relations avec celle-ci.

Une visite qui soulève des interrogations

L’un des épisodes à éclaircir est en effet une visite, quelques jours après l’arrestation de Sitchom, de l’intéressée au domicile d’Oswald Baboke. Celle-ci a été documentée par des agents de la DGRE et des clichés ont été versés au dossier d’enquête. Pour les proches d’Oswald Baboke, cette visite relève cependant d’un coup monté. La mère de Sitchom, comme Charles Ndongo et Aimé Robert Bihina, pourrait être de nouveau entendue par les enquêteurs.

Selon nos informations, le directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya – ce dernier est toujours en Suisse – doit être auditionné ce 7 juillet par la Direction de la sécurité présidentielle (DSP). Oswald Baboke avait déjà été entendu ces derniers jours au Tribunal criminel spécial (TCS), comme l’avait révélé Jeune Afrique.

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