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Cameroun | Francis Ngannou, La Nouvelle Trajectoire du « Predator »

De ses combats dans l’octogone à ses initiatives hors des rings, le combattant camerounais de MMA et boxeur Francis Ngannou incarne une nouvelle figure de l’athlète africain : stratège, investisseur, et catalyseur d’opportunités pour la jeunesse du continent. Derrière la force brute du « Prédator » émerge une conscience aiguisée de son rôle, et la volonté de bâtir un projet collectif. Retour sur une histoire qui dépasse le récit d’une ascension sportive.

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Par Joël Onana Avec Forbes

Il est entré dans le salon du cabinet parisien Mayer Brown sans fracas. À contre-courant du personnage spectaculaire que l’on s’attendrait à voir débarquer. Ce géant (1,93 m) à la carrure monumentale, ancien champion du monde des poids lourds de l’Ufc – la première ligue d’arts martiaux mixtes (Mma, pour Mixed Martial Arts) au monde – a pris place face à moi avec une sérénité qui surprend, presque désarme. Une poignée de main ferme, un sourire franc, puis le silence. Il prend le temps de s’installer, d’observer un instant, comme s’il cherchait à comprendre avant de se livrer. Une présence tranquille, contenue. Ici, dans ce temple feutré du droit international, entre boiseries élégantes, moquette épaisse et lumière tamisée, Francis Ngannou détonne, sans jamais déborder. En quelques minutes, le contraste devient évident : la violence du ring n’a pas eu raison de sa paix intérieure. Au contraire, elle l’a peut-être construite.

De Batié Aux Sommets : l’École de la Persévérance

Pour comprendre cette sérénité qui émane de Francis Ngannou, il faut remonter le fil d’une vie tissée d’épreuves, d’exil et de volonté farouche. Né à Batié, un petit village situé dans les montagnes de l’Ouest camerounais (en pays Bamiléké), le futur champion commence à travailler dès l’enfance dans une carrière de sable, en maniant la pelle pour aider sa famille à survivre. Après le divorce de ses parents alors qu’il avait six ans, il raconte avoir grandi « de maison en maison », confié à des proches. Très tôt, il lui faut ainsi forger sa propre résilience. Il n’a que dix ans, mais déjà des bras d’adulte et des rêves plus grands que son horizon. Il découvre Mike Tyson dans un magazine, il y croit, et il se le promet… À 25 ans, il quitte le Cameroun avec pour seul bagage son rêve de devenir champion de boxe.

« À 25 ans, il quitte le Cameroun avec pour seul bagage son rêve de devenir champion de boxe »

Le voyage est un parcours d’obstacles, à travers le désert, puis la Méditerranée. Il est arrêté et emprisonné en Espagne pendant deux mois pour immigration clandestine. Lorsqu’il arrive à Paris, c’est pour dormir dans la rue, manger dans les soupes populaires et frapper, chaque jour, à la porte de l’impossible. «Ces épreuves, à ce moment-là, ce n’étaient pas des choses si extraordinaires pour moi. J’avais déjà connu la dureté, la vie m’avait écorché. Alors, même si c’était difficile, je voyais ça comme une porte de sortie. J’avais un objectif. J’avais un rêve qui était ma plus grande motivation », confie-t-il.

« J’avais un rêve qui était ma plus grande motivation » 

C’est un autre Francis – Francis Carmont, combattant français de MMA, ou, qui croise sa route et change sa vie en lui faisant découvrir cette discipline, qui combine plusieurs arts martiaux comme la boxe, le judo, le karaté ou le jiu-jitsu. Ngannou dort à la salle, vit pour s’entraîner. Il écoute, observe, apprend.

«Francis est un athlète qui se connaît parfaitement. Cette connaissance de lui-même nourrit sa confiance et sa détermination… C’est un travailleur acharné, aussi bien en équipe qu’en solitaire », témoigne Samir Faiddine, champion MMA du Cage Warriors (2019), qui l’a côtoyé : « Son tout premier combat professionnel en France m’a particulièrement marqué. Malgré un manque de technique à l’époque, il a montré une détermination incroyable et a imposé sa volonté. Il a réussi à soumettre son adversaire avec une clé qui n’existait pas vraiment techniquement, mais qui a fonctionné grâce à sa puissance hors norme ». Faiddine souligne néanmoins que tout n’a pas toujours été parfait : « Je dirais peut-être l’endurance, même si, depuis qu’il a changé de club et de pays, il a énormément progressé dans ce domaine ».

« Francis est un athlète qui se connaît parfaitement. Cette connaissance de lui-même nourrit sa confiance et sa détermination »

Quelques années plus tard, son rêve devient réalité. En 2021, le colosse de Batié entre dans la légende en remportant le titre de champion du monde des poids lourds à l’UFC, en terrassant Stipe Miocic dans un combat d’anthologie. Surnommé « Le Prédateur », Francis Ngannou est aujourd’hui redouté pour sa puissance de frappe exceptionnelle : au cours de son parcours à l’UFC, il a remporté sept de ses quatorze combats par KO, souvent en moins de deux minutes au premier round.

« En 2021, le colosse de Batié entre dans la légende en remportant le titre de champion du monde des poids lourds à l’UFC, en terrassant Stipe Miocic dans un combat d’anthologie »

« C’est un immense champion dans sa discipline, reconnu dans le monde entier, puisqu’il est champion du monde incontesté, souligne le champion de boxe anglaise Louis Acariès, qui ne tarit pas d’éloges à son sujet : « Même parmi les boxeurs poids lourds de la boxe anglaise, rares sont ceux qui atteignent sa dimension. C’est un boxeur hors normes, doté d’une discipline incroyable ». Et le dirigeant sportif de confier : « De vous à moi, j’aurais adoré avoir un champion comme Francis dans mon équipe, car il sort vraiment de l’ordinaire ».

Face à Fury : Le Combat qui a Tout Changé

Le 28 octobre 2023, à Riyad, Francis Ngannou dispute son premier combat professionnel de boxe face au champion du monde invaincu, et considéré comme le meilleur poids lourd de la planète, Tyson Fury. Underdog absolu, Ngannou fait vaciller la hiérarchie : crochet du gauche, Fury au tapis au 3ᵉ round. Dix reprises plus tard, le Britannique s’impose aux points par décision partagée (96-93, 95-94 pour Fury ; 95-94 pour Ngannou), un verdict largement débattu qui propulse pourtant l’ex-roi de l’Ufc dans la carte du noble art.

L’onde de choc est telle que le World Boxing Council (Conseil mondial de boxe) le classe n°10 mondial chez les lourds quelques semaines après, saluant une entrée en matière « exceptionnelle ».

Pour Louis Acariès, la différence fondamentale entre les disciplines est claire : « En boxe anglaise, ce ne sont que les poings, mais paradoxalement, le plus important ce sont… les jambes. L’équilibre, les appuis, la mobilité : tout part des jambes. En MMA, vous devez d’abord vous protéger des coups de pied et en donner vous-même, ce qui change tout. Je pense que si Francis avait été entraîné avec cette vision de l’utilisation des jambes propre à la boxe anglaise, cela aurait pu faire la différence dans son combat contre Joshua ».

« Un Symbole de Courage, de Foi et d’Espoir Pour l’Afrique »

Avant même le combat, son idole Mike Tyson, qui l’avait conseillé durant la préparation, s’extasiait : « C’est incroyable. Je suis avec le meilleur combattant au monde… Il est unique, comme vous pouvez le voir». Après la nuit de Riyad, Tyson prolongera l’hommage sur son podcast Hotboxin’ with Mike Tyson : «Je suis fier de Francis Ngannou parce qu’il a écouté tout ce que j’ai dit, et je parlais à tout le monde du grand crochet du gauche qu’il avait envoyé à son sparring-partner – qui s’est cassé la jambe… Et je savais que s’il avait décroché ce crochet du gauche sur quelqu’un d’autre, il tomberait, et j’avais raison : le champion est tombé. Je suis heureux. Je suis très reconnaissant d’être impliqué dans sa gloire, sa victoire. Je suis sûr que nous verrons beaucoup plus de M. Francis. »

Ngannou, quant à lui, s’était offert une petite danse après la chute de Fury – une réponse taquine aux provocations du Britannique – avant de se recentrer : « Je savais qu’il ne fallait pas se laisser emporter par l’émotion… Fury, c’est un chat à sept vies », confiera-t-il plus tard. Pour Landry Yeziao, directeur de l’agence LEADE SARL, spécialisée en marketing stratégique et relations publiques, cette nuit change la dimension publique du Camerounais : «Même s’il n’a pas remporté le match sur le papier, il a gagné l’admiration de tout un peuple. Ce jour-là, il est devenu bien plus qu’un athlète : un symbole de courage, de foi et d’espoir pour l’Afrique ».

Louis Acariès se souvient : « Tous ses combats dans sa spécialité ont été impressionnants, car personne ne l’a battu. En boxe anglaise, on n’a vu qu’un combat, contre Joshua, qui s’est terminé ainsi parce qu’il n’a pas vu le coup arriver. Mais encore une fois, ce sont ses jambes qui auraient dû lui permettre de l’anticiperJ’ai un immense respect pour Francis Ngannou, et pour son comportement de gentleman du ring ».

Le Combat d’Après : Transmettre, Construire, Investir

Mais aujourd’hui, ce que recherche le géant camerounais, ce n’est plus seulement la victoire dans la cage, cet espace clos où se règlent les combats de MMA, c’est la victoire sur le destin des siens. Sa revanche, c’est de transmettre : « On attend beaucoup de celui à qui l’on a beaucoup donné. », peut-on lire sur le site de sa fondation.

Durant toute sa carrière en 14 combats disputés de décembre 2015 à janvier 2022 sous la bannière de l’UFC, l’icône africaine du MMA a engrangé 3 379 500 dollars. D’une voix calme, il précise cependant que l’argent n’a jamais été une fin en soi : « Je partagerai toujours ma richesse avec les populations les plus vulnérables, avec la jeunesse qui a soif de réussir et qui a juste besoin d’un coup de pouce, avec les malades dont la vie pourrait être ravivée par un traitement, avec les sans-abris dont la stabilité d’un abri changerait la vie, avec les réfugiés qui ont besoin de se sentir accueillis pour exalter leur potentiel et contribuer à la société ». C’est dans cet esprit qu’il a créé, en 2018, The Francis Ngannou Foundation, une organisation née de son propre passé – celui d’un enfant sans accès, sans moyens – pour répondre à ceux que la philanthropie traditionnelle oublie trop souvent : les enfants marginalisés, les jeunes en grande précarité, les personnes en situation de handicap, dans les coins reculés du Cameroun et plus largement en Afrique. Il connaît leur réalité. Il en vient. « L’objectif est de donner l’opportunité à quelques jeunes, mais surtout leur permettre de croire en eux, parce que je suis convaincu qu’une personne qui croit en son rêve, en sa réussite est une personne qui a déjà réussi à 50 % », observe-t-il.

Pour Landry YEZIAO, qui a travaillé avec lui sur son projet de fondation, et qui l’a vu à l’œuvre, «Francis Ngannou est un homme de convictions, animé par une volonté sincère de redonner et de contribuer positivement à son continent… Il incarne cette capacité à transformer les épreuves en leviers d’élévation  pour lui comme pour les autres ».

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