Par Éric Boniface Tchouakeu
A l’issue des travaux, Maître Ernest Gbaka Acho a été élu Président de l’Assemblée Générale, l’organe délibératif et Maître Edward Lyonga Ewule au poste de Vice-Président. Maitre Eric Mbah a ensuite été réélu Bâtonnier de l’Ordre, l’instance exécutive. Il avait été élu pour la première fois à ce poste le 20 juin 2022.
La particularité de cette assemblée générale, est qu’elle a permis l’accession de deux anglophones, voire un troisième si on prend en compte le poste de Vice-Président de l’Assemblée Générale, c’est-à-dire des ressortissants de l’ancienne partie du Cameroun placée sous administration britannique, aux postes les plus importants de l’Ordre des Avocats.
Jamais une telle situation ne s’était produite depuis l’entrée en vigueur de la loi du 23 mai 1972 portant organisation de la profession d’avocat qui institue l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun.
Le pays ayant été placé sous mandat par la Société Des Nations (SDN), puis sous tutelle par l’Organisation des Nations Unies (ONU), de la France et de la Grande Bretagne, il a de ce fait hérité à son accession à la souveraineté internationale, des traditions juridiques des deux puissances.
Et depuis son indépendance le 01er janvier 1960, puis la réunification des ex Cameroun oriental et l’ancien Cameroun occidental intervenue le 01 octobre 1961 le système judiciaire au Cameroun est bijural.
Au regard de cette réalité, et animés par un souci d’avoir et de préserver un Barreau uni, les avocats avaient toujours décidé de faire en sorte que les traditions juridiques francophone d’inspiration latine, et anglophone influencée par la jurisprudence, la « common law », soient représentées aux deux importantes fonctions de l’Ordre des Avocats à savoir la Présidence de l’Assemblée Générale et le Bâtonnat, et même si c’était par voie d’élection, ou encore même si les francophones représentent environ 75% de l’ensemble d’environ 4000 avocats aujourd’hui inscrits au tableau de l’Ordre.
Ainsi suivant un consensus tacite, lorsque le Président de l’Assemblée Générale était francophone, le Bâtonnier était anglophone et vice-versa. Cet équilibre a donc été récemment rompu au profit de la minorité anglophone.
Une telle situation inédite n’a pu se produire qu’avec l’aval des avocats majoritairement francophones, qui ont donc décidé de choisir leurs pairs qu’ils considèrent comme les plus aptes, pour conduire le Barreau du Cameroun lors des deux prochaines années, indépendamment de leurs origines.
Il s’agit d’une avancée à saluer dans un pays où le vote est parfois influencé par l’affiliation communautaire de l’électeur.
Après plusieurs décennies d’expérimentation, la majorité des avocats a visiblement compris que l’ancienne formule était dépassée, et qu’il fallait davantage mettre en avant la valeur intrinsèque d’un dirigeant plus tôt que ses origines.
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Cela démontre que les textes écrits ou les ententes tacites privilégiant de manière discriminatoire le clan, l’ethnie, la communauté ou encore le genre, dans le choix d’un dirigeant ou d’un responsable à quelque niveau que ce soit, sont amenées à évoluer de manière positive avec le temps vers un idéal qui accorde la même chance à tout le monde.
Dans un monde de plus en plus compétitif, la compétence devrait à terme primer sur toute autre considération comme les origines ou la race d’un individu.
Les Etats-Unis, pays le plus puissant du monde servent à cet égard de nombreux exemples à l’ensemble de l’humanité, à l’instar de l’élection à deux reprises d’un Président noir, Barack Obama, à la tête du pays en 2008 et 2012,alors que sa communauté raciale représente moins de 20 % des citoyens Américains.
