Par Ilyass Chirac Poumie
Le 30 juillet 2025, Issa Tchiroma Bakary, candidat déclaré à l’élection présidentielle d’octobre, a été empêché d’embarquer pour un vol à destination de Dakar, où il comptait se recueillir sur la tombe de l’ancien président Ahmadou Ahidjo. Sur place, une notification lui a été remise, stipulant qu’il devait obtenir une autorisation préalable de la Présidence pour voyager à l’étranger — une exigence surprenante, puisque l’ancien ministre n’occupe plus aucune fonction gouvernementale depuis le 24 juin 2025.
L’incident a immédiatement suscité des interrogations dans l’opinion publique, à quelques semaines d’un scrutin sous haute tension.
L’ancien membre du gouvernement a fait une sortie plus tard pour rappeler le peuple à la mobilisation et sur de ne pas céder à la provocation. Il a part la suite insister sur le changement qui devrait nécessairement s’operer à la tête de l’Etat au bout de l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Guibai Gatama, acteur politique influent du Grand-Nord, y voit un possible avantage stratégique : selon lui, cette mesure pourrait paradoxalement renforcer la stature de Tchiroma en tant que figure de l’opposition, victime de pressions et donc digne de sympathie.
Le ton général de Tchiroma a radicalement changé ces dernières semaines. Ancien soutien du président Biya, il adopte désormais une posture offensive : il qualifie le chef de l’État de « sans force pour exercer », dénonce un pouvoir « invisible » et un système politique bloqué « par des clans », sans conseils de ministres tenus depuis plus de 14 ans.
En juin 2025, il a appelé ses sympathisants à un « choix audacieux » pour sortir la jeunesse nordiste de la misère, accusant le régime d’être responsable du marasme social et économique qui frappe cette partie du pays.
Dans un communiqué daté de début juillet, son parti, le FSNC, a dénoncé une tentative de déstabilisation menée par des « forces obscures » visant à diviser et corrompre ses cadres, en pleine montée en puissance politique. Le parti évoque également une campagne de désinformation orchestrée pour affaiblir sa crédibilité.
L’affaire Tchiroma cristallise les tensions à l’approche de l’échéance électorale. Entre restriction de déplacement et durcissement du discours politique, elle révèle un climat tendu et une polarisation croissante. Si l’interdiction de sortie demeure sans explication officielle, elle s’inscrit dans une série de signaux qui pourraient influencer le cours d’une campagne déjà marquée par l’incertitude et la méfiance envers les institutions.
