Par Serge Aimé BIKOI
L’auteure a organisé, le 21 février 2026 à Yaoundé, une cérémonie de dédicace devant un parterre de personnalités publiques, dont le secrétaire général adjoint de la présidence de la République, sa Majesté El Hadj Moustapha.
Notes de lecture
Dès l’entame, l’auteure nous fait vivre une réalité sociétale souvent dissimulée dans les ménages. Il s’agit de l’enfance interrompue, de la maternité imposée et des responsabilités parentales précoces. À 11 ans, l’enfance de Saicha a été enterrée vivante. Ce livre est l’histoire de sa résurrection. Plongé dans le récit déchirant et porteur d’espoir de Saicha, une enfant à qui tout a été arraché, mais qui a refusé d’abandonner. En effet, quand sa mère disparaît brutalement une nuit, en lui confiant la lourde mission de devenir “la mère de son frère et de sa sœur”, Saicha, âgée seulement de 11 ans, voit son monde s’effondrer.
Livrée à elle-même dans une maison familiale qualifiée de problématique, jugée, trahie et exposée à la maladie, aux deuils et aux déceptions amoureuses, Saicha porte un fardeau qui aurait pu briser n’importe quel adulte. Mais son histoire n’est pas qu’une suite d’épreuves : c’est un chant de résilience pure. À travers les six parties de l’ouvrage, à savoir “Renaître après une enfance brisée”, “Héritages de douleurs”, “Volonté de lumière”, “Vaincre la maladie”, “Le choc déception-résilience”, “Relever le défi de vivre après un deuil”, “Rester debout malgré le poids du monde”, à travers ses six parties du récit, disons-nous, vous découvrirez comment l’amour silencieux d’une mère se mue en une force qui surmonte l’absence. Les livres et la socialisation offrent un alibi, un exutoire, voire une échappatoire et se transforment en armes de reconstruction. En toile de fond, la trahison et la douleur deviennent des leçons de perspicacité et de témérité au point où chaque chute, chaque larme et chaque échec se dirigent vers une trajectoire conduisant, in fine, à une renaissance inattendue.
“Mère à 11 ans”: un cri de cœur d’une enfant courageuse
Ce livre est bien plus qu’un témoignage : c’est une main tendue, un cri de cœur, voire une sonnette d’alarme qui résonne comme suit: “Tu n’es pas seul(e)”. Au plan littéraire, l’écriture de Saicha est directe, sincère, sans ambages, sans fioritures et sans artifices inutiles. L’auteure ne cherche pas à embellir la douleur, ni à la rendre spectaculaire. Fort au contraire, elle la relate avec pudeur et minutie. Toute chose qui rend le récit captivant, fascinant et pertinent.
Mère à 11 ans”: un questionnement autour de la responsabilité collective
*Mère à 11 ans” n’est pas un livre que l’on parcourt pour joindre l’utile à l’agréable. C’est un ouvrage que l’on dissèque pour palper, objectiver et décrypter le quotidien ambiant de l’enfance interrompue, de la maternité imposée et des responsabilités parentales prématurées et assumées en dépit des vicissitudes et des contingences de l’environnement auquel elle a appartenu. L’un des points marquants de ce livre est sa potentialité à conférer une identité, une singularité et une dignité à des personnages ou à des réalités que la société a la propension à rendre Invisibles. L’auteure ne se pose pas en juge investi d’une mission normative et dogmatique, mais elle se positionne comme témoin d’une histoire vécue avec ses forces et faiblesses, ses coups et contre-coups. “Mère à 11 ans” questionne, dans la même veine, notre responsabilité collective, celle des structures familiales, celle des institutions, bref celle de la société tout entière face à la protection de l’enfance.
Aussi est-il important de relever le courage, la persévérance et la témérité, valeurs dont il faut s’armer pour écrire un livre d’une telle essence. C’est la matérialisation du courage de dire, de se remémorer et de décrire. C’est aussi l’expression du courage de transmettre ce qu’elle a vu, entendu et pourfendu. “Mère à 11 ans” est une œuvre nécessaire dotée d’une fonction éthique et didactique. Certains passages sont, certes, provocateurs, voire choquants, mais ils contribuent à éclairer la lanterne du lectorat. Dans une posture sociologique, cet ouvrage s’inscrit dans une Sociographie de l’existentiel des familles. Il s’agit, plus explicitement, de la description superficielle des réalités qui jonchent le quotidien de l’enfance interrompue.
