Par Ilyass Chirac Poumie
L’ingénieur financier camerounais Dieudonné Essomba Babissakana a adressé une lettre ouverte au président du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), Issa Tchiroma Bakary, dans laquelle il revient sur la gestion des revenus pétroliers du pays depuis la découverte des premiers gisements dans le bassin de Rio del Rey.
Dans ce document, l’auteur évoque l’existence d’environ dix milliards de dollars de recettes pétrolières qui n’auraient pas été déclarées dans les circuits budgétaires officiels entre 1977 et 2006. Selon lui, ces flux auraient transité en grande partie par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), dont certaines interventions auraient été réalisées en dehors du cadre budgétaire légal.
Dans sa lettre, Babissakana estime que ce mode de gestion s’est maintenu malgré la mise en œuvre d’une douzaine de programmes d’ajustement structurel supervisés par le Fonds monétaire international. Il soutient que l’exploitation pétrolière aurait progressivement structuré un système de gestion opaque des ressources publiques et contribué à modifier en profondeur l’organisation de l’État camerounais.
L’ingénieur financier appelle ainsi à l’ouverture d’un audit approfondi des recettes pétrolières du pays, estimant qu’une clarification des flux financiers liés au pétrole est indispensable pour renforcer la transparence et la gouvernance publique.
Le Cameroun a commencé à exploiter le pétrole à la fin des années 1970, sous la présidence de Ahmadou Ahidjo. La gestion du secteur est largement centralisée autour de la Société nationale des hydrocarbures, créée en 1980 pour administrer les intérêts pétroliers de l’État. Depuis les années 1990, la gouvernance des revenus pétroliers est régulièrement au cœur de débats sur la transparence budgétaire et la gestion des ressources naturelles dans le pays.
