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Cameroun | Longévité au pouvoir en Afrique: Sur le pic d’un volcan qui explose toujours

A l’heure où toutes les supputations sont en cours dans l’éventualité d'une transition au sommet de l’État camerounais, Voici un répertoire conflictogène ou belligène des situations post pouvoir particulièrement long.

by world top news
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

L’Afrique centrale est par essence la sous-région de l’Afrique où prospère la présidence à vie. Le Cameroun du président Ahmadou Ahidjo. Après 22 ans de pouvoir, de 1969 à 1982, sans compter qu’il fut le Premier ministre de 1958 à 1960, Ahmadou Ahidjo cède le pouvoir à Paul Biya, son Premier ministre qui a les prérogatives constitutionnelles.

Deux ans après, au bout des batailles souterraines pour la conquête ou le maintien du pouvoir, un coup d’Etat éclate le 6 avril 1984. Le pays pacifié depuis 1971 suite à la guerre de l’indépendance, renoue avec les vieux démons de la violence. Le régime de Paul Biya échappe de peu, mais se durcit de l’intérieur. En 1990, avec le Vent d’Est, le pays sombre à nouveau dans la tourmente avec une campagne de désobéissance civile inédite, faite de villes mortes et autres dérives. Le régime refuse le Dialogue national souverain et opte pour une Tripartite entre le pouvoir, les partis politiques et la société civile. Plus tard, il sera question du Grand dialogue. En résumé, depuis le départ de Ahmadou Ahidjo, le régime Biya n’a connu que très peu de temps de répit, bousculé dans tous les sens du terme. Avec plus de 40 ans au pouvoir, qu’en sera-t-il de celui qui viendra après lui? Là est toute la préoccupation à ce jour..

Le Zaïre de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga au pouvoir pendant 32 ans, du 24 novembre 1965 au 17 mai 1997, est chassé du pouvoir par une rébellion alors qu’il est miné par la maladie. Il décède 5 mois plus tard au Maroc dans l’indifférence totale, son pays entre dans une période d’instabilité car Laurent Désiré Kabila, son tombeur, sera à son tour assassiné au Palais présidentiel le 16 janvier 2001. Si le pays a retrouvé aujourd’hui une certaine stabilité démocratique, le grand Est du pays est toujours sous l’emprise des bandes armées qui dictent leur loi, sèment la mort et la désolation. Au Tchad, Idriss Déby Itno au pouvoir pendant 30 ans, de 1990 à sa mort en avril 2021, est décédé selon la version officielle sur le champ de bataille contre les forces rebelles. Son fils, qui a pris le pouvoir après lui, est sans cesse sous la menace de rébellion et en interne d’une contestation grandissante dans son propre clan.

Au Gabon, après Omar Bongo, au pouvoir pendant 41 ans et 6 mois, du 2 décembre 1967 jusqu’à sa mort le 8 juin 2009, a plongé son pays qui se voulait un havre de paix dans l’incertitude. Le duel pour la conquête du pouvoir entre son fils Ali Bongo Ondimba et André Mba Obame, a gravement divisé la Nation gabonaise avant que l’autre duel avec Jean Ping, ne mette le régime des Bongo sur les genoux. Le coup d’Etat du général Brice Clotaire Oligui Nguema le 30 août 2023 qui a renversé Ali Bongo, ne pouvait être que salué par une population qui ne savait plus quoi faire pour se débarrasser d’un régime éternel. L’effervescence à travers le pays en dit long sur l’état d’esprit de tout le peuple gabonais à l’heure du coup d’État. Avec ce coup réussi, les coups d’État entrent dans ce pays naguère pacifiste comme un moyen d’accès au pouvoir. L’actuel locataire du palais de la Rénovation le sait mieux que quiconque.

Le modèle gabonais hante plusieurs pays de la Cemac à l’exemple d’abord de la Guinée Équatoriale où le fils du président Obiang Nguema, Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé « Teodorín », est le vice-président du depuis juin 2016. Il est par ailleurs chargé de la Défense nationale et de la sécurité de l’État, et est largement considéré comme le dauphin désigné pour succéder à son père qui est aux affaires depuis 1979 suite à coup d’État. Ensuite, il y a le Congo Brazzaville avec Denis Sassou- Nguesso au pouvoir depuis plus de 40 ans, ( 1979-1992) puis ( 1997 à nos jours, son mandat s’achève en 2031), est sans cesse suspecté de vouloir passer le témoins à son fils Denis Christel Sassou Nguesso, né en 1975 qui occupe le poste de ministre de la Coopération internationale et de la promotion du partenariat public-privé depuis le 15 mai 2021. A défaut de ce dernier, d’aucuns affirment qu’il pourrait céder son fauteuil à son petit-fils le plus en vue, Omar Denis Junior Bongo, né en 1994. Fils d’Édith Lucie Bongo Ondimba (fille du président congolais) et du défunt président gabonais Omar Bongo, il est une figure influente sur la place congolaise. Toujours au sein de la Cemac, il y a l’exemple du Cameroun. Paul Biya au pouvoir depuis 43 ans, pourrait être tenté de placer son fils au pouvoir à l’exemple de ses pairs, quitte à plonger le pays dans l’incertitude surtout qu’il n’a pas mis suffisamment tôt les pieds de Franck Emmanuel Biya à l’étrier à l’exemple du Gabon, de la Rca, du Tchad, dans la Cemac..

En Afrique de l’Ouest: la Côte d’Ivoire

La longévité au pouvoir et ses implications sont plus visibles en Côte d’Ivoire que partout ailleurs en Afrique de l’Ouest. Félix Houphouët-Boigny, au pouvoir de 1960 à 1993, soit 33 ans au pouvoir, a laissé derrière lui une crise de succession entre le président de l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié et le Premier ministre, Alassane Ouattara. C’est Konan Bédié qui l’emporte mais il chute le 24 décembre 1999 suite au coup d’Etat militaire mené par le général Robert Guéï. A l’élection présidentielle du 22 octobre 2000, après 10 mois de transition, Laurent Gbagbo est vainqueur. Il ne connaîtra aucun répit. Dès 2002, naît une rébellion, les Forces nouvelles de Côte d’Ivoire, une coalition rebelle qui contrôle le nord, le centre et l’ouest du pays. A l’élection présidentielle de 2010 où Laurent Gbagbo est déclaré perdant, naît une crise postélectorale avec plus de 3000 morts. Laurent Gbagbo est détenu à la Haye puis déclaré non coupable et libéré. Entre temps, toujours au pouvoir depuis 2010, Alassane Ouattara manœuvre toujours pour garder les manettes. A la dernière présidentielle du 25 octobre 2025, après sa victoire, toutes les préoccupations sont désormais figées sur l’identité de son successeur. Depuis le départ de Houphouët Boigny en 1993, le pouvoir ivoirien n’a jamais connu de répit.

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