Par Ilyass Chirac Poumie
Le Dr Muna Ekane, fils aîné de l’opposant Anicet Ekane décédé en détention le premier décembre, a livré un témoignage accablant sur les conditions ayant conduit, selon lui, à la mort de son père. Dans une interview publiée par Panorama Papers, il affirme que la disparition de l’homme politique n’est ni naturelle ni liée à l’évolution d’une maladie, mais le résultat d’une « mort programmée » rendue possible par une succession d’actes de maltraitance, de privations et de négligence volontaire.
Selon ses explications, Anicet Ekane souffrait d’une pathologie pulmonaire chronique diagnostiquée et suivie depuis deux ans au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé. Cette affection, assure-t-il, « n’engageait en rien son pronostic vital » et était parfaitement stabilisée grâce à un traitement, une chambre d’inhalation, un extracteur personnel d’oxygène et un saturomètre. Le Dr Muna Ekane dénonce les « rumeurs » évoquant de multiples maladies ou une fragilité ancienne, affirmant qu’elles sont « totalement fausses ».
Il revient ensuite sur les circonstances de l’interpellation de son père, qu’il date du vingt quatre octobre. Celui ci s’était présenté volontairement à la gendarmerie de Bonanjo à Douala après l’arrestation jugée arbitraire de son neveu. C’est là, selon son fils, qu’il aurait été malmené par des agents « visiblement issus de la DGRE » avant d’être immédiatement transféré vers Yaoundé. « Il a été cagoulé, entravé, et contraint à un voyage de quatre à six heures sur l’axe Douala-Yaoundé dans un état qui ne pouvait qu’aggraver sa condition respiratoire », déclare-t-il.
Muna Ekane affirme que cette épreuve a marqué « le début de la dégradation physique » de son père. Il soutient que, malgré les interventions des avocats, les autorités auraient refusé pendant plus d’un mois de lui restituer ses dispositifs médicaux indispensables. Ceux ci ne lui auraient été rendus, selon lui, que trois jours avant sa mort, alors que son état s’était déjà fortement détérioré.
Le fils de l’opposant rappelle également avoir alerté sur les risques pesant sur son père dans un entretien daté du vingt huit novembre avec le cardiologue Aimé Bonny, intitulé « mort clinique programmée ». Il affirme ne pas avoir eu le temps de prévenir suffisamment l’opinion et les autorités de l’urgence de la situation avant le décès survenu le premier décembre. Le décès d’Anicet Ekane, figure politique de l’opposition, provoque une onde de choc au Cameroun et relance le débat sur les droits humains, les conditions de détention et la responsabilité des autorités. Plusieurs organisations et personnalités nationales et internationales ont appelé à une enquête indépendante. Les déclarations de son fils interviennent dans un contexte marqué par de multiples accusations de mauvais traitements en détention, d’arrestations arbitraires et d’atteintes aux libertés publiques dans la perspective de la présidentielle de 2025.
