Par Ilyass Chirac Poumie et Joseph OLINGA N.
Nouvel épisode dans le bras de fer familial autour des obsèques de Anicet Ekane. Saisi par les enfants du défunt, le juge des référés du Tribunal de Première Instance de Douala Bonanjo a rendu, ce 13 avril 2026, une ordonnance désignant le Dr Muna Ekane comme organisateur des funérailles de son père, écartant de facto la veuve, née Sogue Edwige.
Selon les éléments de procédure, le tribunal s’est déclaré compétent après avoir rejeté les exceptions soulevées par la veuve, avant de donner gain de cause à l’un des enfants demandeurs. Cette décision confère au fils aîné la responsabilité de conduire l’ensemble des préparatifs des obsèques du président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem).
Des sources proches de la famille indiquent que les funérailles pourraient se tenir les 15 et 16 mai 2026 à Douala, une option qui ne fait pas consensus, notamment du côté de la veuve.
Dans un compte rendu d’audience, les conseils de cette dernière dénoncent plusieurs irrégularités. Ils soulignent que certaines demandes, notamment la fixation officielle des dates des obsèques et la participation de tiers, n’ont pas été examinées par le juge. Plus encore, ils affirment que le magistrat a statué au-delà des requêtes en interdisant à l’hôpital Laquintinie de remettre la dépouille à l’épouse, une mesure qu’ils considèrent comme une initiative non sollicitée.
Contacté par Panorama Papers, le Dr Muna Ekane affirme pour sa part que la démarche judiciaire engagée par les enfants visait précisément à mettre fin à leur mise à l’écart dans l’organisation des obsèques. Selon lui, ni les enfants ni le reste de la famille n’étaient associés aux décisions, celles-ci étant régulièrement découvertes a posteriori sur les réseaux sociaux. Il présente ainsi la plainte comme une réaction à cette situation, ayant motivé la saisine du juge.
Les avocats de la veuve évoquent néanmoins une remise en cause des dernières volontés du défunt et n’excluent pas une saisine de la Cour d’appel du Littoral pour contester la décision.
Décédé le 1er décembre 2025 à Yaoundé, au Centre médical de la Gendarmerie nationale, Anicet Ekane laisse une famille profondément divisée, sur fond de tensions judiciaires autour de l’organisation de ses obsèques.
Figure politique majeure au Cameroun, Anicet Ekane était président du Manidem et cofondateur de l’Union pour le changement, une dynamique politique ayant notamment soutenu la candidature de Issa Tchiroma Bakary lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Son décès en détention avait suscité une vive émotion. Le contentieux actuel entre ses ayants droit illustre les tensions familiales et juridiques entourant la gestion de sa succession et de sa mémoire.
