Par Ilyass Chirac Poumie
Le Barreau du Cameroun a rendu compte d’une audience accordée le 22 décembre 2025 par le ministre de l’Administration territoriale au Bâtonnier de l’Ordre, accompagné de membres du Conseil de l’Ordre. Cette rencontre, sollicitée par le ministre, portait principalement sur la situation des personnes arrêtées à la suite des violences post-électorales.
Selon le communiqué du Barreau, le ministre de l’Administration territoriale a présenté un état des lieux établi par ses services concernant le nombre de décès, d’arrestations et la situation procédurale des personnes interpellées. Il a contesté diverses communications publiques faisant état d’un bilan différent, les jugeant non étayées par des éléments probants. Le ministre a également dénoncé certaines prises de position médiatiques d’avocats qu’il estime contraires au cadre de l’exercice professionnel, notamment des propos jugés injurieux à l’égard des membres du gouvernement ou remettant en cause les compétences des autorités publiques.
Il a par ailleurs critiqué le comportement de certains avocats se présentant comme mandataires d’un candidat se proclamant élu, évoquant l’utilisation présumée des armoiries de l’État sans mandat.
Prenant la parole, le Bâtonnier de l’Ordre a rappelé le rôle fondamental de l’avocat dans la défense des droits et libertés, soulignant que cet engagement ne saurait être assimilé à une hostilité envers l’État. Il a insisté sur le caractère universel de la liberté d’expression et de manifestation, garanties par les lois camerounaises, et sur le droit des citoyens d’apprécier l’action des autorités publiques.
Sur la situation post-électorale, le Bâtonnier a indiqué que les informations en possession du Barreau, issues des enquêtes et des comptes rendus d’avocats assurant la défense des personnes poursuivies, ne concordaient pas avec celles présentées par le ministère. Il a proposé la mise en place d’une commission mixte Barreau–Minat afin d’établir la réalité des faits. Il a notamment évoqué des cas jugés alarmants, dont des décès dont les corps seraient introuvables, la détention de femmes enceintes ou de personnes présentant des troubles mentaux, faits que le ministère a déclaré ne pas connaître à ce stade.
Les échanges ont également porté sur l’attitude de certaines autorités administratives locales. Le Barreau a dénoncé des pratiques attribuées à des gouverneurs, préfets et sous-préfets, jugées contraires au respect des droits et à la paix sociale. Le cas du gouverneur de la région du Littoral a été cité, notamment en lien avec des mesures de garde à vue administrative privant des personnes concernées de soins et d’alimentation.
La réunion s’est achevée par l’engagement du ministre de l’Administration territoriale à veiller à l’application des instructions du chef de l’État relatives à la libération des mineurs, une situation que le Barreau affirme ne pas être totalement résolue sur le terrain.
Les deux parties ont également convenu de suivre conjointement la situation des personnes en garde à vue administrative, dont l’existence reste contestée entre les données du ministère et celles du Barreau. Dans un contexte de tensions politiques et sociales consécutives aux élections, le Barreau du Cameroun multiplie les prises de position sur la protection des droits et libertés fondamentaux. Institution indépendante, il se présente comme un acteur clé de la défense de l’État de droit, appelant à la transparence, au respect des procédures judiciaires et à la responsabilité des autorités administratives et sécuritaires.
