Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Entre tricotages et détricotages des candidatures, la situation questionnable de l’instance organisationnelle de l’élection et de l’institution juridictionnelle aussi bien en cas de contentieux électoral que de la proclamation des résultats, l’ambiance est électrique, le terrain glissant et non moins ténébreux. Le Messager vous conduit dans le labyrinthe des candidatures.
Paul Biya, comme sur un champ de mines
L’actuel locataire du Palais de l’Unité depuis le 6 novembre 1982 commence à vivre ce qui arrive le plus souvent à ses opposants politiques. Cette situation doit être détestable et douloureuse, surtout quand il sait qu’autour de lui, tous ses camarades du Rdpc sont ses propres créatures. La contestation sourde au point où c’est à Monatélé dans la Lekié qu’on a entendu la voix tonitruante d’un jeune conseiller municipal s’opposer à la candidature du « grand et distingué camarade ». Il a osé ! Et comme aucun affront n’arrive jamais seul, certains élus Rdpc de l’Extrême-Nord avaient déjà donné le ton, en s’opposant avec une hardiesse déconcertante à l’émissaire de Paul Biya dans leur contrée, le très discret Ferdinand Ngoh Ngoh, proche collaborateur du chef de l’Etat. La pilule avait été avalée avec stoïcisme par le diplomate, conscient que les données avaient changé sur le terrain. Faisons fi du vent de contestations venu du clergé catholique pour reconnaître que le nonagénaire est convaincu des chausse-trappes, au propre comme au figuré, qui pourraient être dissimulés sur le chemin indubitable de sa volonté de briguer un autre bail au sommet de l’Etat camerounais. Il le sait, derrière le portillon des candidats potentiels rongent leur frein, nombreux étant conscients que l’élection de 2025 est la dernière chance pour eux de se jeter dans la mêlée, pour conquérir le suffrage des Camerounais. Ceux qui sont embusqués dans ce sens dans les rangs du Rdpc ont dû voir rouge quand Paul Biya, sans convoquer un Congrès comme on pouvait s’y attendre où se renouvellerait le leadership partisan, a pris tout le monde de court, en publiant la liste des nouveaux entrants au Comité central du Rdpc, tout comme les nouveaux responsables politiques de son parti politique au niveau de certains départements et régions. Les cartes sont rebattues, sur des critères discrétionnaires de Paul Biya himself. Pour donner un coup de flou à la compréhension de sa trajectoire politique à quelques mois de l’élection présidentielle, le locataire du Palais d’Etoudi s’est abstenu de nommer les membres manquants au sein du bureau politique du Rdpc. Un autre coup de froid en vue de calmer les ardeurs des uns et des autres. Paul Biya sait que sa candidature est contestée, d’abord par les siens et autres officines.
Il ratisse désormais large avec les appels à sa candidature venus des différents corps socioprofessionnels. Tout y passe : les chefs traditionnels, religieux, les motos taximen et autres s’activent comme si le Rdpc qui porte sa candidature est était out of topic. En 2018, on se souvient que c’est par un tweet qu’il avait annoncé sa candidature. Lors de son message des vœux à la Nation, le 31 décembre dernier, on se souvient de la vague des contestations soulevée par une subreptice annonce de sa candidature. Cela avait tellement enflé que le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, avait été obligé de monter au créneau pour indiquer que Paul Biya n’avait pas encore annoncé sa candidature. Qu’il le fera si telle est sa volonté au moment opportun. Le calme qui règne maintenant dans le camp présidentiel est sinistre et ressemble à une situation qui précède la tempête. Au niveau des alliés traditionnels de poids, la situation est aussi préoccupante.
Si l’Undp de Bello Bouba Maïgari fait le dos rond et la sourde oreille pour le moment au vent qui souffle pour exiger une candidature du parti, il en va autrement du Fnsc d’Issa Tchiroma Bakary qui au cours de deux récents grands meetings dans le l’Extrême-Nord et le Nord du pays, s’est abstenu selon les sources sur place, de demander aux siens de voter pour Paul Biya. Il leur a demandé de s’inscrire massivement sur les listes électorales. Dans cette dynamique de renversement des traditions politiques dans le septentrion du pays, ces derniers temps ont vu naître un nébuleux mouvement dit des Partisans du changement du grand nord (Pcgn) qui appelle ses adeptes à un sursaut républicain national en vue de l’élection présidentielle de 2025 au Cameroun. Les signataires se recrutent dans les rangs de certains partis politiques du septentrion à l’exemple de l’Undp ou du Fnsc. Une question demeure. Vous avez dit que le biotope est magmatique ? Oui, il est aussi glissant et ténébreux.
Tomaïno Ndam Njoya : briser les plafonds de verre et les signes indiens
Au nombre des candidatures déclarées à ce jour, elle est la seule qui ne souffre d’aucune contestation. Elle a annoncé officiellement sa candidature au mois de février dernier au cours de la traditionnelle présentation des vœux à la presse à Yaoundé. En interne au sein de son parti, elle a reçu l’onction des instances dirigeantes de l’Udc pour tenir le flambeau. C’était au cours de la Retraite politique tenue précédemment à Foumban. Elle est donc à l’abri des micmacs qu’on entend dans les rangs des autres partis politiques. C’est donc en toute légitimité et en toute légalité qu’elle va se jeter avec sérénité dans la course pour Etoudi. Sa candidature dérange un landerneau politique où les masculinités militaires ont pignon sur rue. Elles ont édifié au fil du temps des plafonds de verre, des forteresses dans la conscience nationale, l’abrutissant insidieusement avec le mensonge et le venin selon lesquels une femme ne peut pas être président de la République. Mais il y a qu’au Gabon, on a vu comment une femme, Rose Francine Rogombe, a assuré avec doigté l’intérim de la présidence de la République consécutivement au décès d’Omar Bongo Ondimba. On a vu toujours dans ce pays voisin, comment Rose Christiane Ossouka Raponda a assumé sans anicroches les fonctions de femme Premier ministre. Il en a été de même en Rca voisin où Catherine Samba-Panza a été présidente de la République de transition de 2014 à 2016. Ce tableau montre comment les forteresses construites pour doucher l’ambition politique des femmes s’écroulent au jour le jour.
Au Cameroun, depuis le retour au multipartisme, la candidature de Tomaïno Ndam Njoya est la première qui a un poids certain venant du rang des femmes. On se souvient de celles d’Esther Dang ou de Kah Walla qui n’avaient pas à proprement parler une envergure comparable à celle de la patronne de l’Udc. Elle est une force tranquille qui a roulé sa bosse à travers les instances politiques infra et ce n’est qu’en toute logique qu’elle manifeste sa volonté de présider aux destinées de la République. Comme on le voit, sa candidature va chambouler les multiples plafonds de verre savamment édifiés dans la conscience des masses pour tenir d’abord l’Udc à une portion géographique congrue sur le territoire national et surtout le venin de la médiocrité disséminée çà et là, par la confrérie de tous les phallocrates politiques, de la cohorte des misogynes et des rustres sexistes politiques qui écument dans nos contrées. Son entrevue avec Paul Biya le 10 janvier dernier au Palais de l’Unité, a braqué davantage l’attention des Camerounais sur celle qui est manifestement et sans conteste la première femme politique du pays.
Présidente nationale de l’Udc, président du Syndicat des communes du Noun, porte-parole des délégués départementaux du Noun au sein du Conseil régional de l’Ouest, porte-parole de la Plateforme des 7 leaders des partis politiques pour une modification participative et consensuelle du Code électoral, Tomaïno Ndam Njoya, comme on le voit, n’est pas née de la dernière pluie.
Elle a plus d’une corde à son arc et c’est en toute sagesse qu’elle a frappé un coup médiatique le 10 janvier dernier en informant l’opinion que le chef de l’Etat n’avait même pas entendu parler du Document déposé au niveau de ses services contenant les propositions pour une réforme consensuelle du Code électoral. Elle a davantage marqué l’opinion quand elle a livré en républicaine le fond de ses échanges avec le président de la République. L’autre point phare qui distingue cette force politique est son déploiement des plus appréciés au Conseil régional de l’Ouest. Elle est au sein de cet hémicycle, une des voix les plus attendues et des plus écoutées. Ce n’est pas une faveur, mais le fruit d’une longue bataille pour rappeler à ses collègues au sein du Conseil, l’obligation de respecter les exigences de la loi. Il va de soi qu’avec sa délégation au sein d’une assemblée où ils sont minoritaires face au Rdpc et du Commandement traditionnel, elle arrive à imprimer sa marque. Elle est désormais assimilée à la voie qui porte les causes car même les autres départements se retrouvent derrière elle grâce à la justesse des causes qu’elle défend. Il va de soi que sa candidature va aller agrégeant autour d’elle des volontés qui partagent sa vision d’un Cameroun pour tous et par tous, un Cameroun égalitaire à tout point de vue.
Maurice Kamto: entre candidature redoutée et candidature raz-de-marée
C’est le premier à avoir annoncé sa candidature à l’élection présidentielle lors du congrès de son parti l’année dernière sous le couvert de l’Alliance pour le changement (Apc) portée par le Fcc du député Jean Michel Nintcheu, le transfuge du Sdf. Au sein du pouvoir, on martèle que le professeur de droit court dans le sac car il n’ira pas loin avec sa candidature car non seulement le Mrc ne dispose d’aucun élu pour l’investir mais aussi et surtout, il se susurre qu’il lui est pratiquement impossible de réunir les trois cents signatures qui légaliseraient sa candidature indépendante. Bien plus, au sein du sérail, on affirme avec une once de pleine satisfaction qu’il n’y a pour l’heure aucun parti politique qui accepterait de l’investir et que tout est mis en œuvre pour qu’il en soit.
En face, les lieutenants de Maurice Kamto qualifient ces arguments d’arguties, des gesticulations puériles car ils confient audacieusement qu’en octobre, la mobilisation autour de la candidature de leur champion serait telle qu’il serait impossible de manipuler un quelconque résultat. Ils annoncent la présence de leurs scrutateurs dans tous les bureaux de vote à travers le territoire national. Déjà le Mrc balise chaque jour son chemin en s’engageant à fond dans les contentieux préélectoraux tous azimuts d’abord avec le directeur général des élections qui n’a pas toujours publié la liste électorale nationale selon l’article 80 du Code électoral. Le Conseil constitutionnel saisit à cet effet a déclaré son incompétence et a renvoyé l’affaire au Conseil électoral et à la cour d’appel qui à son tour a déclaré son incompétence.
Devant ce que le directoire du Mrc qualifie de déni de justice, l’opinion s’émeut chaque jour un peu plus face à l’incapacité d’Elecam de se soumettre aux prescriptions de la loi électorale. Le Mrc a également récusé certains membres du Conseil constitutionnel pour impartialité et neutralité dont le président du Conseil, Clément Atangana. Avant la convocation du Corps électoral, le parti de Maurice Kamto a déjà annoncé les couleurs de ce que pourra être le contentieux post électoral si un minimum de consensus n’est pas trouvé avant. Sur le terrain, le marquage est serré entre ce parti et le Rdpc. Il s’agit en réalité d’un marquage à la culotte entre le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, qui surveille Maurice Kamto et les siens comme de l’huile dans une cocotte au feu.
Cette situation est si tendue au point où on se demande ce qui adviendrait si le Conseil électoral rejetait la candidature du principal challenger de Paul Biya à la présidentielle de 2018 comme ne cessent de le clamer à longueur de journée, les communicateurs du parti au pouvoir. Une chose est certaine, le très médiatisé contentieux postélectoral de 2018 était sans conteste des fleurs qui annonçaient les fruits dont les Camerounais dans l’ensemble jugeront de leur saveur juteuse ou acide. C’est selon.
Cabral Libii, une candidature à l’heure des chausse-trappes politiciennes
La paternité du Pcrn est l’enjeu des batailles politiciennes en cours entre le président en poste et celui qui est le fondateur du parti. Robert Kona, soutenu par le Minat a déjà déclaré son soutien à la candidature de Paul Biya. Le droit quant à lui est du côté de Cabral Libii dont la justice le reconnaît comme le leader du Pcrn. Dans ce cafouillage créé, il y a-t-il une volonté politique d’invalider la candidature du député ? Tout dépendra du juge qui voudra rappeler la tutelle des partis politiques au respect scrupuleux de la loi, de ne pas s’immiscer dans le fonctionnement interne des partis politiques.
Tout dépendra de la volonté de Paul Atanga Nji d’arborer une tunique de neutralité dans son rôle d’arbitrage des affaires politiques à l’aune de l’élection présidentielle.
En attendant la convocation du Corps électoral, on sait déjà que la situation est très tendue entre le Minat et Cabral Libii, ce dernier ayant poussé le bouchon au loin, en le traitant de « nounou de parti politique » pour dire toute la volonté du sérail d’œuvrer pour que Kona récupère les rênes de son parti. Au sein du Pcrn, on indique toutefois qu’il n’en est rien, car le député du Nyong et Elle est belle et bien le président qui sera en course en octobre prochain.
Univers éventre l’Atp et met Akere Muna en selle
L’Alliance pour la transition pacifique (Atp) chapeautée par Olivier Bile bat définitivement de l’aile avec les chaudes empoignades ou les déclarations incendiaires de Nkou Mvondo au sujet de son partenaire politique d’hier.
Le professeur, en se retirant de cette Alliance avec son parti politique Univers, est allé directement se jeter dans les bras du bâtonnier Akere Muna, déterminé de porter sa candidature à l’élection présidentielle de 2025. Non loin de lui, on voit les transfuges de l’Atp qui s’assemblent à l’exemple de Célestin Ndjamen. Espoir Matomba qui a annoncé sa candidature samedi dernier lors du 3ème congrès de son parti, le Purs, semble se rapprocher aussi de lui.
