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Cameroun | Incertitude: Le silence de Paul Biya fissure son propre camp

Alors que la candidature du président n’est toujours pas officialisée, ses plus proches collaborateurs se déchirent. Entre déclarations contradictoires et tensions internes, l’unité du Rdpc est mise à rude épreuve.

by world top news
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Par Sandra Embollo Avec Jeune Afrique

Alors que Paul Biya demeure silencieux au sujet de son éventuelle – et très probable – candidature à la présidentielle d’octobre au Cameroun, ses lieutenants n’affichent pas l’unité sans doute espérée par le chef de l’État. Au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir), on peine à afficher une ligne de communication commune sur le sujet.

Ainsi, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, a prudemment affirmé sur Rfi que la candidature de Paul Biya relevait du « 50/50 ». Partant, elle pouvait « être ou ne pas être ». La prudence du ministre n’a pas plu à l’un de ses collègues au gouvernement, Jacques Fame Ndongo (Enseignement supérieur), par ailleurs secrétaire national à la communication du Rdpc.

L’irritant Monsieur Ngoh Ngoh

Sollicitant en urgence la rédaction de RFI pour une nouvelle intervention, celui-ci se précipitait pour affirmer que « la candidature du président Biya ne fait aucun doute », une déclaration relayée dans la foulée par un communiqué du Rdpc sur les réseaux sociaux. Cette mise au point, loin d’éteindre la polémique, a souligné le manque de concertation entre les ténors du camp Biya. À ces passes d’armes s’ajoute une autre bataille, celle qui oppose Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, à Jean Nkuete, secrétaire général du Comité central du Rdpc. Le premier, soutenu par la première dame Chantal Biya, a convoqué en urgence, entre le 1er et le 8 juillet, des réunions au palais présidentiel, réclamant la présence des ministres et hauts cadres de chaque région du pays.

Ngoh Ngoh a réaffirmé à tous que Paul Biya sera candidat. Dès lors, il s’agit officiellement de « préparer l’échéance présidentielle » et, officieusement, d’affirmer son autorité sur la future campagne, le poste de directeur de campagne restant à attribuer. Or cette initiative n’a pas plu à tout le monde, comme l’a expliqué Jeune Afrique le 7 juillet dernier. De son côté, Jean Nkuete a réuni, le 8 juillet, les membres du bureau politique et du Comité central et les parlementaires du Rdpc, alors que Ngoh Ngoh recevait au palais de l’Unité. Objectif affiché, « mobiliser les troupes », même s’il s’agissait aussi de reprendre en main un processus que le patron de la formation au pouvoir estime confisqué par le secrétaire général de la présidence, sans coordination avec la hiérarchie du Rdpc.

« La surprise de 2025 pourrait être brutale »
Même au cours des réunions présidées par Ferdinand Ngoh Ngoh, des tensions ont vu le jour. Plusieurs ministres ont traîné des pieds pour se rendre au rendez-vous, comme Célestine Ketcha Courtès, brièvement rappelée à l’ordre. D’autres comme Laurent Esso, Alamine Ousmane Mey ou Henri Eyebe Ayissi n’ont pas fait le déplacement.

Autre moment de tension, lors de la réception des caciques de la région du Centre, le ton est monté quand Ferdinand Ngoh Ngoh a glissé dans son discours des piques à peine voilées à l’égard de René Emmanuel Sadi et de sa récente – et malvenue, selon le secrétaire général de la présidence – sortie médiatique au sujet de la candidature de Paul Biya. Le ministre de la Communication n’a pas hésité à réagir, visiblement agacé. Selon des indiscrétions, il a critiqué une forme d’« imposture » de Ferdinand Ngoh Ngoh soulignant ses plus de quarante ans passés au côté de Paul Biya. René Emmanuel Sadi s’est ensuite plaint de l’intervention – commandée selon lui par Ngoh Ngoh – de Jacques Fame Ndongo qui l’aurait « ridiculisé ».

Présent, Grégoire Owona, par ailleurs secrétaire général adjoint du comité central du Rdpc, a déploré le manque de coordination au Rdpc, qui « donne une image désastreuse, celle d’un désordre au sommet ». Malgré le soutien affiché du ministre Philippe Mbarga Mboa au secrétaire général de la présidence, puis l’intervention tout en retenue de Joseph Beti Assomo, la tension n’est pas retombée. Le ministre chargé de la Défense a tenté d’appeler à « cesser de se réfugier dans des certitudes confortables et abandonner cette arrogance de caste, sans quoi la surprise de 2025 pourrait être brutale ». C’est en tout cas le souhait de l’opposition dans son ensemble, qui mise sur le silence de Paul Biya pour mobiliser ses partisans.

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