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Cameroun | Symposium 2026: L’église et les traditions ancestrales s’unissent à Douala pour décoloniser l’Afrique

Faut-il vraiment choisir entre la Bible et les Ancêtres ? Pendant que des milliers d'Africains mènent une sorte de double vie intérieure, priant à l'église au petit matin, puis allant, à la nuit tombée, chercher la parole des patriarches, le Symposium 2026 de Douala est venu bousculer un des tabous les plus lourds du continent.

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Par Julie Peh

À Bonanjo, on ne parle plus de compromis discret, mais d’une alliance qui étonne et dérange. Le Theosis higher institute a lancé la question comme on jette une pierre dans l’eau ! peut-on se dire pleinement chrétien tout en continuant d’honorer ses ancêtres ? Pour des prédicateurs très durs cela ressemble à une hérésie. Pour ceux qui ont pris la parole au symposium pendant ces deux jours ce serait plutôt une piste pour que l’Afrique tienne debout.

Depuis des décennies, des millions de fidèles avancent avec une fracture intime. Le dimanche matin, ils chantent des cantiques, ils répondent « amen » ils se respectent droits sur les bancs. Et puis, dès qu’un malheur arrive beaucoup se dépêchent vers le chef du village ou vers celui qui garde la tradition, parce qu’ils espèrent y trouver une explication, ou un remède, ou simplement une paix. Pourquoi ce détour ? Parce que l’église marquée par un héritage colonial a souvent écarté d’un geste les réalités métaphysiques africaines en les rangeant trop vite du côté du « démoniaque » ou du « superstitieux ».

C’est cet écart devenu presque une habitude que l’édition 2026 a voulu regarder en face. Là où 2025 avait surtout installé des repères académiques, cette fois on s’est attaqué à ce que beaucoup évitent ; comment l’âme africaine peut-elle se réconcilier avec elle-même ? Sur un continent qui cherche encore ses mots pour dire son identité, la deuxième édition de ce rendez-vous annuel à pris des airs de laboratoire. Organisé du 6 au 7 mai autour du thème « L’Église et la Nation : comprendre notre passé, bâtir notre avenir », des voix lieux de la théologie et de la tradition se sont assises dans la même pièce, comme si le simple fait de se rencontrer était déjà un événement.

Dans une salle où le silence avait du poids, Sa Majesté le Prince Alexandre Kum’a Ndumbé III a parlé sans contourner la plâtre. Pour lui, l’aliénation culturelle n’a rien d’un accident c’est un outil, fabriqué pour tenir les peuples. Il a parlé avec l’assurance comme un patriarche, tout en gardant la rigueur d’un historien, et il a appelé à une décolonisation qui commence par la mentalité.

« Nous devons nous réapproprier notre spiritualité. L’Afrique n’est pas une terre sans racines que le christianisme est venu sauver ! elle est le berceau de l’humanité et des premières intuitions du divin. »

Et comme s’il répondait à une phrase entendue mille fois, il a frappé plus fort,

« On nous a appris que pour aimer Dieu, il fallait détester nos pères. C’est un mensonge historique ! » a t-il martelé.

Il a rappelé, calmement mais fermement, que l’Afrique n’a pas attendu l’Occident pour connaître le sacré. Et quand il a parlé de l’éducation et de l’Église à décoloniser, on a bien senti que ses mots visaient ceux qui, encore aujourd’hui, regardaient la culture africaine comme un obstacle sur la route du salut.

Ce cri lancé au milieu de la salle a trouvé de la résonance. Le Professeur Edmond VII Mballa Elanga a ramené la discussion vers une urgence qui est de reprendre nos manuels d’histoire, les réécrire pour qu’ils cessent d’effacer ce que nous sommes. L’Évêque Ndi Wilson Njinwi, lui, a défendu l’idée d’une foi qui parle dans la langue du peuple, sans se cacher derrière des dogmes importés comme derrière un mur. Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam, gardien des traditions ancestrales, a rappelé la sagesse des anciens, et cette mémoire qu’on laisse trop facilement se perdre. Le Patriarche Valère Epée a insisté sur un point concernant l’unité des peuples africains qui passe aussi par la reconnaissance de leur dignité culturelle. Et malgré la diversité des voix, une même ligne s’est dessinée sur :

« l’avenir de la nation africaine qui repose sur une mémoire restaurée et une identité assumée ».

Le cœur scientifique du symposium s’est mis à battre au rythme de la leçon inaugurale du professeur Shawn Smith. Il n’a pas parlé pour impressionner, mais pour poser les choses avec méthode en confrontant les grandes théories de l’anthropologie (Durkheim, Lévi-Strauss, Geertz) à ce que vit l’église au jour le jour, dans les communautés.

Sa thèse, s’est construite sur une idée précise concernant l’anthropologie culturelle. Même si elle aide à comprendre les rites et les symboles, elle demeure « incomplète » tant qu’il n’ya pas de rencontre avec le divin. C’est ainsi qu’il a amené ce qu’il appelle une Anthropologie Apostolique , une manière de voir où les traditions ancestrales et les sciences de la culture ne sont pas balayées par la foi, mais reprises autrement, transformées, et conduites vers une communion avec Dieu.

Pour mesurer l’intensité des échanges cette année, il fallait regarder un peu en arrière. En 2025, lors de la toute première édition, le Dr Annie Smith et le Professeur Shawn Smith avaient tenté un pari afin d’ouvrir un espace où la théologie ne ferait plus semblant d’ignorer les sciences humaines, mais accepterait de discuter avec elles. Si 2025 , a ressemblé à une année de fondations avec l’interdisciplinarité comme socle, 2026 a donné l’impression d’un pas en avant plus direct. Le thème « L’église et la Nation : comprendre notre passé ,bâtir notre avenir » disait bien ce changement de ton: ne pas rester au niveau des idées, mais toucher la société camerounaise et africaine en profondeur.

Au terme de deux journées de réflexion dense, il reste une sorte de feuille de route comme un chemin qu’on trace à plusieurs mains. La réconciliation ,ne plus présenter la foi chrétienne et les traditions ancestrales comme deux camps ennemis, mais comme des alliées possibles pour la dignité de l’homme noir. L’éducation, l’urgence de bâtir un système qui valorise l’héritage africain et démonte les récits coloniaux. L’identité , une église qui ne se vit plus comme une importation étrangère, mais comme une réalisation eschatologique de la culture locale.

Le Symposium 2026 du Theosis Higher Institute s’est refermé dans les rues de Bonanjo, chargées d’histoire mais le dialogue, lui, n’a pas donné l’impression de s’arrêter. L’alliance entre la foi chrétienne et les traditions ancestrales n’a pas été présentée comme un retour en arrière vers le paganisme plutôt comme un passage vers une forme de maturité. Et pour ceux qui étaient là, la conclusion sonnait comme une évidence:

« une église qui ignore la culture de ses enfants ressemble à une église qui se prive d’avenir ».

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