Par Ilyass Chirac Poumie
La tension monte dans le Grand Nord. Trois communiqués rendus publics ce 10 novembre 2025 à Garoua et à Maroua traduisent la colère grandissante d’une frange de la jeunesse nordiste face à ce qu’elle qualifie d’« injustices et de dérives autoritaires ».
Le premier texte, signé par les Nordististes, un groupe de jeunes se présentant comme des partisans du club Coton Sport de Garoua, déclare « non négociable » le rejet de toute visite du ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, dans la région. Les signataires dénoncent une série de faits graves : arrestations arbitraires, intimidations, usage excessif de la force et « marginalisation institutionnelle ». « Monsieur Atanga Nji n’est pas le bienvenu dans le Grand Nord », conclut le communiqué, prévenant que la population « ne reculera devant rien » si sa décision n’est pas respectée.
Le second communiqué, émanant également de jeunes de Garoua, vise nommément le Lamido de Garoua, Ibrahima El Rachidini, et le Maire de Garoua 2, Sanda Oumarou. Ils sont accusés d’avoir dressé des listes de jeunes à arrêter et de les avoir transmises aux forces de l’ordre. Le texte affirme que le Gouverneur du Nord aurait refusé de cautionner ces arrestations, avant qu’elles ne soient validées par un sous-préfet. Plusieurs noms de jeunes interpellés sont cités, dont Abdoul Moussine, présenté comme déjà transféré à Yaoundé. Les auteurs exigent la fin immédiate des arrestations et la libération de tous les détenus, promettant de « rester debout, vigilants et unis ».
Enfin, le troisième communiqué, publié à Maroua, met en lumière un autre phénomène : l’extorsion présumée d’argent auprès de citoyens arrêtés. Selon le texte, certains agents exigeraient des sommes allant de 100 000 à 200 000 francs CFA pour libérer des militants du FSNC (Front pour le Salut National du Cameroun). Les jeunes dénoncent un « comportement honteux » et appellent la population à documenter chaque cas d’abus par des photos, vidéos ou témoignages, tout en refusant de payer sous la contrainte.
Dans les trois déclarations, une même phrase revient : « Ce communiqué ne sera pas signé pour des raisons que vous savez et que nous savons tous », signe d’une peur généralisée des représailles. Ces prises de position publiques traduisent une défiance profonde envers l’autorité centrale et les élites locales, sur fond de crise post-électorale tendue.
Depuis les élections contestées d’octobre 2025, le Grand Nord est devenu un foyer de mécontentement croissant. Plusieurs organisations de jeunesse dénoncent une répression ciblée contre les partisans du FSNC et les sympathisants d’Issa Tchiroma Bakary. Des rapports évoquent de nombreuses arrestations sans mandat, des détentions prolongées et des transferts forcés vers Yaoundé. Ces communiqués, bien que non signés, confirment une rupture entre une partie de la jeunesse nordiste et les autorités locales, accusées d’avoir perdu leur légitimité morale et politique.
