Par Ilyass Chirac Poumie
Le Cameroun s’achemine vers une session parlementaire potentiellement décisive en mars, alors qu’un projet de révision constitutionnelle suscite déjà de vives réactions dans la classe politique et au sein de la société civile.
Cette initiative intervient dans un climat politique particulièrement tendu, plusieurs mois après l’élection présidentielle d’octobre 2025. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a été proclamé vainqueur du scrutin avec 53,66 % des suffrages.
Son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, conteste toutefois les résultats. L’ancien ministre, qui affirme avoir remporté l’élection, a dénoncé des irrégularités et revendique toujours la victoire depuis son exil en Gambie.
La période post-électorale a été marquée par des manifestations dans plusieurs villes du pays.
Selon des chiffres attribués à l’Organisation des Nations unies, les violences auraient fait plusieurs dizaines de morts et entraîné plus de 1 200 arrestations.
Dans ce contexte, la session parlementaire prévue en mars attire une attention particulière. Selon plusieurs sources politiques, la révision constitutionnelle envisagée pourrait toucher à certaines structures clés de l’État. L’une des dispositions évoquées concerne notamment l’élection du bureau de l’Assemblée nationale dès l’ouverture de la session, un mécanisme qui pourrait permettre de verrouiller l’organisation des débats avant l’examen du texte.
Pour de nombreux observateurs, cette perspective alimente les interrogations sur la légitimité et la transparence du processus dans un pays où la question de la succession présidentielle reste sensible et où les institutions sont régulièrement critiquées par l’opposition.
La session parlementaire de mars pourrait ainsi constituer un moment déterminant pour l’évolution du paysage politique camerounais.
La Constitution camerounaise a déjà fait l’objet de plusieurs modifications majeures. La plus marquante reste celle de 2008, qui a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels, permettant à Paul Biya de se représenter indéfiniment à la magistrature suprême. Depuis, toute initiative de réforme constitutionnelle est scrutée de près par l’opposition et les organisations de la société civile.
